#MeToo Harcèlement, agressions sexuelles, viols… Libérons la parole

Doigt sur la bouche : chut
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#BalanceTonPorc, #MeToo

À mesure que l’affaire Weinstein s’amplifie, d’autre scandales sexuels voient le jour. Angoissant ? Oui, mais l’on peut au moins se féliciter de constater que la parole, jusqu’ici autocensurée, se libère enfin. Et elle est salvatrice. Des actrices, des journalistes, des assistantes et autres avouent au grand public ce qu’elles avaient tu jusqu’ici par peur des représailles, notamment professionnelles. Agressions sexuelles, harcèlements, viols… Ces comportements sont enfin ouvertement dénoncés. 

2017 : Et la femme osa se libérer et dénoncer

Et le hashtag lancé par une journaliste française, #balancetonporc, permet de mettre en lumière -pour ceux qui  doutaient encore de l’universalité des agressions sexuelles, harcèlements ou viols – , que ces agissements contraignent les femmes au silence. Des femmes qui se taisent par angoisse de ne pas être crues, par peur de sanction ou tout simplement parce qu’il est compliqué -pour ne pas dire impossible- de « prouver » un geste déplacé qui a lieu à huis clos. Pourquoi s’offusquer d’une main au fesse si ce geste est exceptionnel ? Les femmes n’auraient-elles pas un peu tendance à dramatiser, se demandent certains hommes naïfs ou complètement cons. Non, non, non. Pas de dramatisation.

Même les hommes bien intentionnés ne cernent pas l’ampleur du problème puisqu’ils n’ont pas conscience que toute l’existence d’une femme est ponctuée de désagréables interactions, d’humiliations et d’agressions qui pourraient passer pour anodines a priori. Elles pourraient effectivement être anecdotiques si elles étaient isolées, sauf que non, elles s’accumulent : du commentaire graveleux du vieil oncle lors des repas de famille qui bave en soulignant ouvertement les formes naissantes d’une pré-adolescente complexée, aux regards libidineux et insistants des hommes sur nos corps, sans oublier les blagues salaces des collègues ou copains pour qui ce n’est « que de la blague »… Tout ça pourrait être considéré comme « du détail », sauf que la femme subit continuellement ces attaques la ramenant à un objet de fantasme pour des inconnus. Et en passant sous silence cette accumulation de petites agressions, nous acceptons de les démocratiser. Et l’escalade peut être rapide vers l’agression sexuelle ou le viol. 

 

#BalanceTonPorc : Dénoncer les agressions sexuelles, oui… mais faut-il dénoncer publiquement son agresseur ?

Pour le cas #BalanceTonPorc, une question importante est exposée : Twitter peut-il se transformer en confessionnal et en tribunal ? N’est-il pas indécent d’accuser nommément son agresseur sur un réseau social public ? Peut-être. Surtout si -et c’est la crainte de certains- cette prise de parole héroïque côtoie des mensonges éhontés teintés de règlements de comptes. Twitter est-il adapté pour y conter ses traumatismes passés ? Et, comme le pensent certains observateurs, ne serait-il pas plus efficace de saisir la justice plutôt que de se lamenter sur Twitter ? Oui, ce serait mieux en effet… dans un monde idéal. Mais dans un monde idéal, il n’y aurait pas besoin de porter plainte parce que les hommes comprendraient qu’ils n’ont pas un droit de cuissage sur les femmes. Et comme on n’est pas dans un monde idéal et qu’il y a des gros cons partout, les femmes font avec les moyens à leur disposition et parviennent ainsi avec courage (et peut-être maladresse, cet argument peut s’entendre) à mettre le débat du harcèlement au cœur de l’actualité. Ainsi, au lieu de condamner les femmes qui osent s’exprimer, peut-être faut-il se poser la question de la réception de leurs plaintes dans notre société. 

 

 

Pourquoi ce douloureux silence

Les femmes ne déverseraient peut être pas leurs traumatismes sur un réseau social si des interlocuteurs les écoutaient vraiment en ne leur renvoyant pas des arguments abjects. Comment oser raconter à une quelconque autorité ce qu’on a subi quand l’interlocuteur nous fait passer de victime à fautive ?
« Mais vous étiez habillée comment ? »
« Vous êtes sûre de ne pas avoir provoqué ? »
« Avez-vous explicitement dit non? »
« Est-tu sûre de vouloir te plaindre et de risquer de perdre ton travail ? »
« Mais non, c’est pas une agression, c’était juste de la blague lourde, un geste affectueux, paternaliste mais maladroit ». 

Alors, la maladresse, c’est marcher sur le pied de quelqu’un sans faire exprès. Ce n’est pas plaquer une fille en lui fourrant sa queue sans son consentement. Ça, c’est pas maladroit. Ça, c’est un viol.

Juste de la « drague lourde ». Paternalisme. Maladresse. Les arguments (foireux) sont pléthoriques pour expliquer voire dédramatiser des gestes déplacés, à croire que chacun ne place pas le curseur de harcèlement, agression sexuelle ou viol au même endroit. Quand l’une s’offusquera d’une main sur la cuisse posée par son patron et dénoncera un harcèlement, d’autres n’y verront que « de la drague ». Sauf que voilà, c’est à la victime, celle qui subit, de déterminer si ça la gêne, si c’était un geste tolérable parce que dans un contexte qu’elle aura su jauger, ou un geste déplacé qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

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On pourrait toutes utiliser le hashtag #Metoo

 

Quelle femme n’a pas été sifflée dans la rue et ainsi été reléguée au rang peu glorieux de fantasme ambulant pour des connards irrespectueux ? Quelle femme n’a pas subi un frotteur, ou un exhibitionniste qui se masturbe devant elle dans les transports ? Quelle femme n’a pas entendu des insultes ou commentaires déplacés émanant d’un homme ? Quelle femme n’a pas subi une main aux fesses, une main sur la cuisse ou une proposition indécente dans le creux de l’oreille ? Quelle femme ne s’est pas sentie obligée de « céder » face à un compagnon trop insistant malgré des « non » répétitifs ? 

Pas moi. 

-Dans la rue, des insultes et commentaires déplacés à base de « Salope », « Tu suces pour combien ? »
-Des vieux (et moins vieux) pervers qui se frottent à moi dans le bus ou le métro bondé et regardent avec une insistance gênante mes seins et mes fesses, se sachant en pleine zone d’impunité parce qu’il serait ridicule que je me plaigne ouvertement d’un regard, aussi pesant soit-il.
-Un patron de rédaction qui me photographie à mon insu lors d’une soirée avec son téléphone pour faire ensuite un commentaire :  « Wow, t’as sorti la robe de bonnasse ! »
-Un jeune homme qui sort son pénis et se masturbe devant moi dans un RER vide en me demandant si je veux participer.
-Un ex qui, après avoir trop bu, essaye de me déshabiller, me jette sur le lit, s’allonge de tout son poids sur moi malgré mes requêtes répétées d’arrêter et veut m’obliger à un rapport sexuel, que j’ai pu éviter en le poussant violemment au sol.

Des attouchements sexuels et un viol à 12 ans par des camarades de classe, dans le couloir du collège, provoquant un silence du personnel déjà dépassé par tous les problématiques  de l’adolescence.

Comme beaucoup d’autres (peut-être même toi qui me lis), j’ai mon lot d’anecdotes pas marrantes que j’aimerais oublier.

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Mais attention, hop hop hop : il existe -heureusement- aussi des hommes bien, des gentlemen. L’idée n’est absolument pas de montrer du doigt toute la gente masculine, seulement les enfoirés qui pensent tout pouvoir faire aux femmes. Il est aussi utile de rappeler que même si l’aura médiatique se concentre sur les femmes victimes d’agressions fomentées par des hommes, il existe également des hommes victimes d’agressions sexuelles et de viols et il ne s’agirait pas d’occulter ça non plus.

Alors, comment on sort de cette situation merdique ? En éduquant la population jeune et moins jeune. En s’offusquant et en réagissant, sans différence de genre, pour ne pas banaliser davantage des comportement inadaptés. Et juste en appliquant le concept qui semble basique mais qu’il est apparemment utile de rappeler en 2017 : le respect.

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#BalanceTonPorc L'heure de la libération de la parole féminine?
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#BalanceTonPorc L'heure de la libération de la parole féminine?
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Alors que la parole des femmes sur les agressions sexuelles semble enfin se libérer, il est temps de pousser un coup de gueule.
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