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Épisode 63 : La fin de notre histoire 2/2

Coeur brisé et fin d'une histoireReading Time: 4 minutes

Still the end

J’étais abasourdie par la dureté et la franchise des mots d’Arnaud. Ce qui occasionnait un peu plus de légitimité dans le choix de son surnom de « Monsieur Connard »*, déjà amplement mérité par son comportement inacceptable dans l’intimité. Mais je ne voulais pas le détester, convaincue qu’à chaque fois qu’il m’avait fait du mal c’était par balourdise et non par méchanceté. Et aussi parce qu’il ne méritait pas que je dépense de l’énergie à le haïr. Chacun de mes échecs était l’opportunité d’en apprendre plus sur moi, et je voyais cette déception sentimentale comme une nouvelle occasion de collecter des données sur ce dont j’avais envie (et pas envie) en couple. Première donnée pertinente que j’en tirais : il ne me faut pas un connard, je mérite mieux.

Le supprimer et supprimer ses proches (virtuellement, hein)

Au moment de nous séparer sur le quai de cette gare, je lui ai expliqué que je ne pouvais pas rester en contact avec lui. Il fallait donc couper les ponts. Si sortir avec un ex était comme ravaler son vomi, rester amie avec un connard incapable de s’intéresser à la notion de consentement ne valait pas mieux. Alors qu’il était encore face à moi, j’ai sorti mon téléphone pour le supprimer de Facebook, supprimer son numéro, supprimer -à contrecœur- ses proches de Facebook, que j’appréciais pourtant sincèrement. Pouvais-je être amie avec eux alors qu’ils allaient, de toute évidence, prendre le parti d’Arnaud ? Pouvais-je être amie avec eux alors qu’ils m’accuseraient probablement de fabuler sur des détails peu glorieux ? L’amitié me semblait compliquée, même si j’aurais aimé. Pour faire mon deuil en paix, je devais être loin de « Arnaud-Monsieur Connard » et de son environnement. Au moins pour un temps.

Vexation maximale

Je ne vais pas mentir : je me sentais sale d’avoir toléré des choses inacceptables pour mon amour-propre (fameuse zone grise du consentement), pour la simple raison qu’il avait parfois été attentionné et qu’il m’avait menti en me disant Je t’aime. Mais surtout, j’étais infiniment vexée : alors que je lui avais proposé, quelques jours plus tôt, une rupture d’un commun accord, Monsieur Connard avait décliné ma proposition… pour mieux me larguer le 13 février, veille de Saint-Valentin.

Après Voldemort qui me quittait pour mon 30ème anniversaire, je tombais sur Monsieur Connard qui officialisait une rupture (certes prévisible) le jour de la Saint-Valentin. Les hommes ont le chic pour trouver le bon moment pour rompre en se dédouanant ensuite d’excuses foireuses du type « ça ne se prévoit pas, ce genre de choses ».  « Si, Ducon*. Une rupture, on y réfléchit pendant plusieurs jours. Donc si tu romps à cette date, c’est que c’est volontaire. »
Compte tenu du profil des deux têtes de bite* pour lesquels j’avais eu le malheur d’avoir des sentiments, j’anticipais déjà que le prochain homme dont je tomberais amoureuse me quitterait probablement pour Noël ou à un autre moment encore plus mal choisi.

*** Le jour d’après***

Pourquoi je m’en suis vite remis

Après cette rupture, il y a bien sûr eu des larmes. Puis des conseils et du soutien de mes proches. Tous m’ont fait comprendre que je n’avais rien à me reprocher, qu’il n’était qu’une question d’incompatibilité. J’ai donc finalement fait le deuil en moins de temps que je ne le pensais : deux ou trois semaines tout au plus. Pourquoi ?
1– Parce que j’avais compris que j’avais ressenti beaucoup d’affection mais que je n’avais pas été amoureuse
2– Parce que j’avais compris que lui non plus. Et le fait qu’il soit resté sur le site de rencontres Adopteunmec pendant le temps de notre relation était un bon indicateur sur son absence de sentiments à mon égard (vous voyez qu’il mérite son surnom de « Monsieur Connard »…).
3– Parce que j’étais davantage vexée et salie que triste
4– Parce que j’avais gagné en maturité et que je refusais qu’Arnaud, qui avait eu tant d’emprise toxique sur moi pendant notre relation, continue son œuvre de sape de mon estime en étant à l’origine d’une quelconque peine.

« Il » est revenu

Bien après notre rupture, Arnaud et moi avons eu l’occasion d’échanger sur notre histoire. Nous avons alors évoqué ses lourdes insistances au lit qui m’avaient tant perturbée. Et, chose particulièrement appréciable, il avait eu la délicatesse et l’intelligence de reconnaître ses torts, de reconnaître la gravité des faits (bien trop sous-estimés dans notre société encore attachée à ce concept désuet de « devoir conjugal ») et – surtout – il avait eu la décence et l’humilité de me demander pardon. Un détail important qui m’a beaucoup aidée. J’étais agréablement surprise. Il restait un connard avec lequel je ne nouerai jamais aucune amitié, mais il était  (au moins un peu) soucieux des conséquences de ses actes.

Il avait, semble-t-il, (enfin) pris la mesure des répercussions qu’avaient eu sur moi son attitude animale et ce comportement de prédateur, malheureusement assez répandu chez les hommes quand il s’agit de sexe. Il ne m’avait pas violé. Il avait profité de la zone grise du consentement en insistant encore et encore malgré mes « non » répétés et formulés clairement, jusqu’à ce que je cède – sans envie – pour une relation sexuelle. Une autre femme n’aurait peut-être pas été autant bouleversée que moi, mais ses insistances m’avaient abîmée et il savait très bien pourquoi.

Il savait

La reconnaissance des faits par Arnaud lui conférait une maturité appréciable et nouvelle. Malgré toute la désinvolture dont il avait fait preuve avec moi, c’était un homme un peu sensible. Un connard un peu sensible. Il avait donc -enfin- compris, avec du recul, qu’en me forçant régulièrement la main pour des relations sexuelles – et en continuant ainsi malgré mes tentatives de pédagogie – il avait brisé la fragile confiance que je lui avais accordée au tout début de notre relation. Une très fine confiance donnée, quand je lui avais dévoilé ce fardeau longtemps enfoui qui était récemment réapparu, après une amnésie traumatique de 20 ans : le viol subi dans mon enfance.

-Par Louise

Prochainement >>  Épisode 64 

>> Vous n’avez rien suivi ? Envie de reprendre au début de ce chapitre ? Chapitre 12 : ma nouvelle romance

Pour aller plus loin
A voir, cet excellent documentaire (51 minutes) qui évoque les violences sexuelles, la zone grise du consentement :Infrarouge : « sexe sans consentement » disponible sur YouTube

*Oui, c’est vulgaire. Mais c’est mon blog, donc j’écris ce que je veux !

 

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