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Épisode 61 : Nos disputes et nos incompréhensions

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Précédemment : Épisode 60 : sa déclaration d’amour… et le début du malaise

On ne se comprend plus

Son « je ne me projette pas, je vis au jour le jour» m’inquiétait. Cette réponse ne faisait pas seulement écho à mon envie de bébé. Pour moi, cette réponse, « Je ne me projette pas, je vis au jour le jour », était digne d’un homme qui ne voulait pas du tout s’engager avec moi. Bébé ou pas bébé. Avais-je été maladroite en lui en parlant si tôt ? Je pensais surtout avoir été honnête. Et sa réponse me rendait perplexe. Aborder ce sujet aussi tôt était l’occasion de lui laisser le choix. Le choix de ne pas vivre ça avec moi et de partir, ou de rester avec moi avec l’option bébé dans les années à venir. Mais bon, pour faire simple, lui, il s’en battait les couilles.

Paternalisme et humiliation

Au fil des semaines, les frictions devenaient de plus en plus fréquentes entre nous. On ne se comprenait plus tout à fait et des broutilles insignifiantes faisaient l’objet de disputes. Savoir qu’il n’était pas certain de vouloir la même chose que moi pour l’avenir me rendait, si ce n’est agressive, au moins sur la défensive. Et chacune de ses maladresses m’agaçait plus qu’avant. Disons que j’avais souvent envie de lui jeter des choses au visage. Genre des porcs-épics.

Roi du Kamoulox (mais pas en version drôle)

Il m’interrompait sans cesse pour m’expliquer SA vision de la vie (#mansplaining … et #GrosRelou), ne m’écoutait pas et exerçait une étrange et désagréable ascendance sur moi : avec lui, je n’existais plus qu’en tant individu. On était en couple, on se devait d’être fusionnels selon lui. A quel point était-il agaçant ? Imaginez la scène : moi, préoccupée par un problème de santé, dîne chez lui. Un repas en amoureux troublé par mes inquiétudes que je décide de partager avec ma moitié pour faire ce truc qu’on appelle « communiquer ».
« Moi : J’ai une anomalie dans ma prise de sang… Le médecin ne sait pas encore ce que j’ai.
Lui :  « Oh regarde, une mésange sur le balcon ! Je t’ai raconté que les mésanges mangeaient les chenilles urticantes ? Une fois, en me promenant dans les bois avec mon père, je suis tombé sur une mésange bleue et… »

Aucun rapport ? Aucun rapport.  En effet.  Il m’avait fait, comme souvent, un bon Kamoulox. Mais apparemment, cette putain de piaf avait plus d’intérêt que moi à ce moment très précis.

Un pas très subtil « Ferme ta gueule »

Son ascendant allait jusqu’à me suggérer avec vigueur l’ordre dans lequel je devais manger mes aliments disposés sur la table,  sans oublier qu’il m’imposait un verre de vin ou me donnait la becquée quand j’étais en train de parler.  En clair, il avait toujours quelque chose à faire ou dire qui se traduisait en langage universel par « ferme ta gueule ». C’était probablement de la maladresse, mais à répétition, son paternalisme était, par définition, infantilisant pour moi et humiliant. N’avais-je donc aucune légitimité à m’exprimer ? A être écoutée et considérée ?

 

Il prend l’ascendant sur moi, je n’existe plus

Etant d’ordinaire plutôt indépendante, je réagissais de plus en plus mal à son imposante emprise sur moi, que je vivais comme une perturbante intrusion dans mon mode de vie. Je savais que je devais lui accorder plus de place dans mon quotidien et je le voulais. Mais il me fallait du temps pour me faire confiance, pour lui faire confiance et pour faire confiance à notre couple. Ce qu’il n’avait pas l’air de comprendre malgré mes explications. J’avais beau essayé d’en discuter avec lui, rien ne changeait : il prenait l’ascendant sur moi, je me braquais par rébellion et lui se désolait de me trouver distante. Alors on discutait mais rien ne changeait. C’est ainsi qu’un cercle vicieux a commencé à s’installer. Je sentais que j’étais en train de le perdre… et, plus angoissant encore, de ME perdre en tant qu’individu.

Il ne me comprend pas, je m’éloigne

Mode « prédateur sexuel » activé au lit

En réalité, je l’aimais ou plutôt je pensais l’aimer. Mais plus Monsieur Connard m’écrasait, plus j’étais sur la défensive et donc plus on s’éloignait. Pour préserver mon espace de sécurité, j’instaurais, plus ou moins consciemment, une distance avec lui, y compris dans l’intimité. Il insistait pour faire l’amour. Je disais non, sans équivoque. Il insistait beaucoup, lourdement, de façon appuyée et répétée. Je maintenais non. Il me déshabillait, était de plus en plus entreprenant malgré mes non successifs.

Au bout de 15 à 30 mn d’insistance lourde, je finissais souvent par céder. Pas par envie. Mais juste pour qu’il arrête. On était dans une sorte de zone grise du consentement : je disais non, parce que je ne voulais pas, mais je finissais par me laisser faire. Plus d’une fois je lui ai expliqué, que même si on était en couple, cela ne signifiait pas que mon corps lui appartenait. Oui, c’était une agression sexuelle. Mais, comme beaucoup d’ hommes, il mettait en avant qu’il avait envie, que mon «  non » était peut-être un « oui » déguisé dans un jeu de séduction et que c’était « normal » d’essayer de me faire changer d’avis en me déshabillant et en fourrant ses doigts un peu n’importe où.

Alors qu’il me semblait pourtant clair que non veut devenir non. Trois lettres, un mot mais visiblement une compréhension compliquée pour cet homme, comme tant d’autres auparavant. Je ne le désirais pas moins, c’était un très bon amant. Mais un brouillard enveloppait peu à peu notre couple et rendait nos coucheries moins agréables. Quand il allait à l’encontre de ma volonté, je me sentais en danger au point, plus d’un fois, de pleurer en silence après. En avais-je discuté avec lui ? Bien sûr. Systématiquement. Il s’excusait, mettait en avant son féminisme auto-proclamé et une maladresse couplée à son excitation débordante… et il recommençait. Comme un prédateur, un prédateur sexuel. Alors j’espaçais nos moments d’intimité, inventant des menstruations fréquentes et incroyablement longues.

Mais alors… pourquoi rester avec lui ?

Des incompréhensions gâchaient notre entente du début et j’ai compris qu’en réalité, on ne communiquait pas. Il parlait et j’étais contrainte d’écouter : c’est différent. Cela me mettait mal à l’aise, je ne ressentais plus la complicité des premières semaines et je me demandais de plus en plus souvent si j’étais vraiment amoureuse de lui, si ce « truc » bizarre que je ressentais n’était en réalité pas simplement la fin de mes sentiments. Mais il avait l’air tellement convaincu que ça marchait entre nous, que tout allait bien, que je n’ai pas pu me résigner à écouter ma petite voix.

Pourtant, vu son manque d’enthousiasme sur le sujet, je savais qu’il ne serait pas le père de mes enfants… alors pourquoi, à l’approche de mes 32 ans, je restais avec lui ? Avais-je donc si peur de rester seule ?

-Par Louise

A suivre > Épisode 62 : La fin de notre histoire (1/2)

Pour aller plus loin :

La «zone grise» du consentement, un concept «très dangereux» (Buzzfeed)
« J’ai fini par céder » : on a tous une histoire de violence sexuelle (L’Obs)

 

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