Épisode 30 : Le jour où j’ai tenté la coupe menstruelle

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« Comment les filles arrivent-elles à survivre à une hémorragie pendant plusieurs jours? ». La question de Luke sur les menstruations était pertinente et symbolisait bien l’ignorance de certains hommes sur le sujet. Cette interrogation arrivait au milieu d’une soirée sushis devant Magic Mike XXL, après que Luke a constaté mon sac de courses rempli de Tampax.

 

« C’est donc comme ça que votre corps vous punit tous les mois de ne pas enfanter? Et c’est douloureux? Genre douloureux comment? Et ça coule beaucoup? Et ça coule par où? Vous pouvez faire pipi avec un tampon ? Vous avez une vie sexuelle pendant vos règles ? Par devant ou par derrière? » Luke fourmillait de questions. D’habitude, Marc, notre Wikipédia à nous, était le plus enclin à répondre à toutes les interrogations plus ou moins scientifiques mais notre quota masculin hétérosexuel était en déplacement professionnel (sûrement en rapport avec son métier d’agent secret… parce que je maintiens qu’il est certainement agent secret comme Archer malgré ses contestations). Résultat, pour dégoûter Luke, nous avons développé nos pires expériences de règles et il était ra-vi. Entre les douleurs atroces de l’une, endométriose oblige, les abondantes règles interminables de l’autre, les réguliers accidents fécaux de l’autre, Luke ne savait où donner de la tête pour vomir.

 

C’était l’occasion parfaite de lui raconter le jour où j’ai testé la coupe menstruelle sur les conseils de plusieurs amies. La « cup » ? Un petit objet en silicone en forme d’entonnoir que l’on insère dans le vagin afin de récupérer le flux. Régulièrement, il suffit de l’enlever, le rincer correctement et de se le remettre jusqu’à la fin des menstruations. Un petit objet simple qui semble une bonne alternative aux tampons hygiéniques qui font de plus en plus polémique.  Et si cette coupe menstruelle pouvait m’éviter d’avoir l’impression d’avoir du coton imbibé d’eau entre les jambes quand j’allais faire plouf-plouf dans la piscine, elle méritait donc d’être essayée.

-Mais attends, comment tu t’enfiles ça dans la teuch? me demanda Luke, intéressé par ce qu’il considère être une anomalie de la nature. Non pas la cup. Mais juste le fait d’être une femme.
– Bah, tu lis la notice, tu malaxes ce truc en te demandant comment ça fonctionne, tu stérilises, tu le plies et hop ! Tu l’insères. Il reprend ensuite sa forme d’entonnoir et reste à sa place grâce à tes muscles.
-Ça se met bien, sans difficulté, c’est comme si tu t’enfilais un gros suppositoire de fouf’, précisa Alex
-Mais ça déborde pas ? s’inquiéta Luke, visiblement convaincu qu’une cascade de sang nous sortait de l’entrejambe et que nous ne survivions sans hémoglobine pendant cinq jours tous les mois. Façon The Walking Dead.

-On ne perd qu’entre 50 et 150mL par cycle, hein lui précisa Anna.
– Et comment t’enlèves ça? me demanda Naomi, tout aussi intriguée puisqu’elle n’osait déjà pas mettre de tampons de peur d’en oublier un ou plusieurs.
-C’est très simple normalement. Je ne l’ai fait qu’une fois et j’ai eu l’impression que mes organes foutaient le camp en même temps que la cup. Tu es censée récupérer la coupe en mettant ta main dans le vagin, en repliant la cup délicatement et en tirant doucement sur la tige. Une fois que tu as enlevé la cup et que t’as dégueulassé partout, façon Psychose, tu nettoies la coupe -et ton sol- et tu recommences le processus. C’est quand même vachement pratique et hyper économique sur le long terme.
-Mais tu ne la sens pas? C’est pas gênant? demanda Naomi
-Si, bien sûr. C’est pour ça que toutes celles qui optent pour la cup posent une semaine de congés tous les mois et font le poirier chez elles pour que tout reste en place, répondit Alex, goguenarde-Mais si tu trouves ça si pratique, pourquoi t’as repris les tampons ? me demanda Anna.

– Parce que la seule fois où j’ai essayé une coupe menstruelle, j’avais coupé la tige beaucoup trop court. Et après une nuit de sommeil, qui m’avait servi de test, j’ai eu toutes les difficultés à l’enlever. Je me revois dans ma douche, en train de me plier dans tous les sens pour trouver une position optimale afin de retrouver cette tige et cette cup à la con. Et quand je la sentais et que j’essayais de la pincer, je perdais prise et cette cup se perdait dans mon vagin.
-Mais attends… t’as pas déjà perdu une capote dans ton vagin? C’est un trou noir là-dedans ? C’est comme le sac de Mary Poppins, t’y stockes des trucs? Parapluies, pack d’eau, parpaings…? me demanda Alex.
– Façon kangourou? Malheureusement, non. J’ai donc passé un looooong moment sous la douche à me luxer le poignet et à me contorsionner l’avant-bas pour tenter de récupérer la cup, ai-je poursuivi.

 

-Mon ex était dans mon appart et tambourinait à la porte parce que je passais trop de temps dans la salle de bain et moi j’étais de plus en plus stressée. Plus je stressais, plus je contractais le périnée et plus la cup restait bien en place. Ça commençait à me péter les ovaires, j’ai donc essayé de tirer sur la tige pour déloger la cup, fixée sur les parois de mon vagin, continuais-je. Monumentale erreur… Parce que ce truc est très efficace, d’autant plus quand tu créés un appel d’air et qu’un effet ventouse se manifeste, un peu comme les ventouses à chiottes. En tirant, ça m’a aspiré de l’intérieur et j’ai cru que mon utérus, mon pancréas et tous mes organes allaient se retrouver sur le sol de ma douche.

-Je suis sûre que t’exagères… laissa entendre Luke

-Ne sous-estimes jamais le pouvoir d’une ventouse., glissais-je

-Non, mais t’as juste pas le savoir-faire ! C’est pas si compliqué que ça : il y a même des tutos sur YouTube ! me balança Alex
-En effet, je ne suis pas douée. J’étais tellement en panique de ne pas réussir à déloger la cup que j’ai songé un instant à appeler les pompiers ou à me rendre aux urgences. Je m’imaginais déjà arriver là-bas : « Excusez-moi, j’ai une ventouse dans le vagin. Auriez-vous l’amabilité de m’aider à l’extirper afin que je puisse me rendre à mon travail dans les plus brefs délais? »
-Et alors, comment ça s’est fini? demanda Luke, légèrement pâle.
-Après trente minutes de panique et d’efforts, je l’ai sortie. J’avais mal au poignet. Et je suis arrivée à la bourre au taff. Avec un stock de tampons.
-Je ne suis pas croyant… mais Dieu merci je suis un homme. Et je n’ai pas à subir les règles. Ou l’accouchement. Ou les contraceptions régulières. Ou des disparités salariales. Non, en fait… vous n’avez pas de chance d’être des femmes, hein : je n’y vois que des inconvénients, mentionna Luke.

 


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Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

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