Épisode 29 : le cours de dirty talk de Gaëlle

L'art du dirty talk selon Gaelle
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Apprendre à parler comme une cochonne?

Gaëlle
Voici Gaëlle

C’était une tradition : un samedi soir par mois, on se retrouvait entre filles pour jouer au jeu de société 50 Shades of Grey, déclinaison des livres et des films. Les règles du jeu ? Bof… On ne les a jamais vraiment comprises. La première fois qu’on y avait joué, on était trop pompettes (j’insiste « pompettes » et pas « bourrées ») pour lire les règles : on avait donc inventé notre propre protocole de jeu. Notre système était simple : lire les cartes du jeu et tenter de deviner laquelle de nous avait déjà tenté ce qui y était inscrit. Celle qui était jugée la plus salace gagnait des jetons et, en bonus, chacune, à tour de rôle, racontait ses anecdotes pour étayer les dossiers compromettants que nous avions déjà les unes sur les autres. C’est à cette occasion que Gaëlle nous enseigna les rudiments… du dirty talk.

 

 

Let’s talk about sex

Ce samedi soir là, c’était la première fois qu’on invitait Naomi. On l’avait soigneusement évitée jusque là parce que… bah, parce que vous avez peut-être déjà constaté qu’elle n’était pas très funky-LOL quand même. Et finalement, après une courte concertation, on s’était dit que ça pourrait rendre le jeu plus amusant de la choquer (Ouh ! Qu’on est vilaines !). Rendez-vous était donc pris chez Gaëlle (et Marc) avec un plateau de légumes crus à grignoter et de l’eau gazeuse afin de se donner bonne conscience. Ainsi qu’une pizza et du rhum pour ajouter quelques bonnes grosses calories à cette soirée.

Langue sur la lèvre : hot !Au fur et à mesure du jeu, les questions s’enchaînaient, les révélations et les fous rires aussi. Laquelle d’entre nous avait déjà fait des « gros câlins » (pour citer Naomi) en dehors d’un lit ? Voiture, piscine, jacuzzi, toilettes d’entreprise, douche… les réponses fusaient de part et d’autre. Qui avait déjà accepté d’être attachée avec des menottes ? Silence radio même si des envie se sont fait entendre dans l’assistance. Laquelle avait déjà été surprise en plein ébat ? Toutes sauf moi étaient concernées. Laquelle avait déjà testé le dirty talk ? Gaëlle a été la seule à se manifester. Même Alex, pourtant particulièrement ouverte, n’était pas la plus à l’aise sur le sujet : disons qu’elle était croyante mais pas (encore) pratiquante.

 

« Petite salope » au lit, oui… mais avec respect

Elle maîtrisait le sexto ultra-suggestif mais quand il s’agissait de prononcer des cochonneries en plein coït… il n’y avait plus personne. Néanmoins, Alex n’était pas contre l’idée d’entendre son partenaire prononcer des propositions indécentes. Quel scoop (et quelle ironie) d’apprendre que la plus émancipée de nous toutes adorait se faire appeler « petite salope » au lit, tant que c’était dit « dans le respect de sa personne ». La possibilité qu’une femme accepte et demande à se faire appeler ainsi, avait provoqué des spasmes d’effroi chez Naomi alors qu’Anna et moi assistions avec intérêt -et surprise- à ces révélations.

-Attends… Mais, tu… tu aimes qu’un mec te dise le « mot en S » ? s’offusqua Naomi qui avait l’air de vouloir placer un mot au Scrabble.
-Je n’oserais pas le dire à un homme, mais pendant une levrette, c’est pas désagréable d’entendre un petit « T’aimes te faire défoncer la chatte, salope? ». Perso, je trouve que ça passe crème, répondit Alex avec un naturel déconcertant.
-Mais si tu ne veux pas le prononcer, comment tu fais comprendre au mec que tu veux te faire maltraiter verbalement?

De l’importance du bon contexte pour utiliser le dirty talk

-Déjà, c’est pas de la maltraitance tant que c’est dit dans le contexte de la sexualité. Je trouve ça plus offensant d’être payée 600€ de moins que mon connard de collègue plutôt qu’un homme  me dise ça, avec mon consentement, dans l’optique de m’exciter. Mais attention, si le mec s’avisait de me traiter de salope en dehors du lit ou sans mon consentement, je lui couperais les couilles sans hésiter et les passerais au mixeur. Mais pour répondre à ta question, pour lui faire comprendre, je lui envoie des sextos hyper explicites en amont, en lui disant que j’aimerais qu’il me tire les cheveux et me dise des cochonneries, en me prenant par derrière. Quand on parle de cul, un homme comprend très bien où l’on veut en venir sans avoir besoin de trop expliciter, expliqua Alex. Mais c’est vrai que j’aurais du mal à dire ça pendant  le sexe. Peut-être que je suis pudique, en fait…

-Pudique? On aura tout entendu, ce soir ! Ça va, les meufs. Faites pas vos pucelles. C’est pas compliqué de dire des cochonneries : les hommes aiment le dirty talk, si vous aimez ça aussi… il faut juste se lâcher ! commença Gaëlle en coupant son citron vert dans l’optique de se préparer un ti punch.
-Teach us, master demandais-je.

Dirty Talk : modus operandi

-Pas besoin d’un bac +10. Il suffit de dire à voix haute ce que vous aimeriez qu’on vous fasse sans trop réfléchir. Avec Marc, je suis à l’aise donc je me lâche facilement mais je vous accorde que ça ne doit pas être évident avec un plan cul avec lequel on n’a pas encore instauré de réelle intimité. Je pense néanmoins qu’il faut juste parler de façon décomplexée. On parle de cul crûment entre nous sans contrepartie, alors pourquoi ne pas le faire avec un homme en échange d’un orgasme ? C’est du gagnant-gagnant ! expliqua Gaëlle.

« Certaines choses sont indignes d’une lady »

– Heu… Hum, hum. Cette conversation me met un peu mal à l’aise, les filles annonça Naomi dans l’indifférence générale.

-L’émancipation de la femme passe-t-elle par la vulgarité? demanda Anna, encline à prendre des notes.
-NON ! Sexy, pas vulgaire. L’idée c’est de faire parler la Clara Morgane qui est en vous, pas le Jean-Marie Bigard. On peut dire « bite », « chatte », « couille » parce qu’on est d’accord que c’est pas du Baudelaire. Mais on ne dit pas « garage à bites » : ça, c’est tout à fait indigne d’une lady. Il faut juste déclamer des choses sales qui vous excitent : quelque chose qui ne soit pas dégradant, pas trop romantique parce que c’est pas le moment, et qui vous fasse palpiter la culotte. Easy, quoi.
-On dit quoi pour être au top du sex-appeal? On se compare à une chienne ? A une tigresse? A un poney shetland? A une licorne? s’interrogea Alex

Ne jamais se forcer

-A mon avis, les comparaisons avec les animaux, c’est quand même moyen… Testons : « Oh oui ! Prends moi comme une otarie, grand fou ! ». Bah non, ça ne marche pas. Si vous êtes un peu soumises et chaudes comme des baraques à churros, vous pouvez éventuellement vous comparer à une chienne… A vous de voir si ça vous excite ou pas. La règle d’or est quand même de ne pas se forcer et de dire des trucs que vous avez envie.
-Heu… Je me répète mais cette conversation me met un petit peu mal à l’aise, les filles, rappela Naomi.

-Vous devez faire ressortir le côté animal en vous… mais sans évoquer d’animaux. résuma Gaëlle sans écouter Naomi.
– C’est technique.. concéda Anna.

Faites ressortir l’animal qui est en vous

-Et bien sûr, outre le champ lexical adapté, il faut user de verbes d’action clairs comme « baiser », « défoncer », « prendre ». On n’est pas là pour faire de la poésie, ajouta Gaêlle en terminant sa petite boisson
-Non, mais vraiment… Cette conversation me met mal à l’aise, les filles, surenchérit Naomi.

-J’ai un rencard mardi soir, avec un mec que je fréquente depuis trois semaines. Je me suis épilée le maillot cet aprèm, donc il passera à la casserole : je tenterai le dirty talk, annonça Alex visiblement soucieuse de nous tenir au courant de son planning.

« On n’est pas là pour faire de la poésie »

– Je te connais Alex alors rien de trash ! Vas-y crescendo, ne lui fais pas peur. Pour résumer ce cours de dirty talk, je te conseillerais de lui dire un truc du genre « Défonce-moi ma chatte de petite salope » plutôt que « Défonce-moi le garage à bites avec ta grosse queue de licorne », développa Gaëlle.

« Viens me chatouiller le nénuphar »

-Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais cette conversation me met très mal à l’aise, conclut Naomi.
-Détends-toi le string, Naomi…. Tu disais quoi pour exciter tes ex, toi ? « Viens me faire péter le bocal? », « Casse-moi tout la d’dans, j’suis pas ta mère »? « Viens me chatouiller le nénuphar » ? « Mets-moi la lasagne au four et envoie la béchamel » ? « Viens me remuer le gigot » ? « Et si tu venais faire coulisser l’andouillette dans le cresson? »lui lança Alex
-Je n’avais pas besoin de ce genre de subterfuge et surtout pas besoin de cours pour faire l’amour. Mes ex m’aimaient et on avait mutuellement envie de passer un bon moment. Ça suffisait. » répondit Naomi, pleine de fierté, en sirotant son diabolo grenadine.

Si elle avait perdu la partie de 50 shades of Grey (Gaëlle en est sortie grande gagnante), Naomi avait néanmoins réussi à nous rabattre caquet en nous rappelant, à nous célibataires du soir, le caractère superficiel de cette conversation,


 

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