Épisode 28 : Le jour où on a rédigé notre (s)ex list

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Je ne sais plus qui avait eu l’impudence d’émettre cette proposition farfelue mais la finalité était là : un dimanche après-midi, nous nous retrouvions à subir un zumbathon de plusieurs heures, dans une salle de danse où les remixes latinos de tubes hip-hop se mêlaient aux hurlements hystériques des coachs, façon boot-camp. Sans oublier le sort terrible réservé à nos poils de nez brûlés par les effluves émanant de ces sportifs du dimanche en inimitié évidente avec leur déodorant et/ou le concept même de douche.

Ni Anna, ni Luke, ni Alex, ni Naomi ni moi n’étions de grandes sportifs (déjà à l’époque…) et cette séance de torture avait donc été écourtée au bout de deux heures. Victimes de douleurs intenses qui nous ont permis de découvrir l’existence de muscles cachés, nous avions finalement terminé notre après-midi chez Luke pour un « Tea Time » et des cookies maison. Ça tombait bien, aucun de nous n’avait vraiment le moral : la faute au temps maussade et à un célibat pesant. Même Alex, la célibattante du squad dont les discours d’indépendance avaient l’habitude de nous rebooster le moral, se sentait seule au point d’envisager l’adoption d’un second chat.

La dépression collective

En nous servant du thé Montagne Bleu (miel, lavande, bleuets,  fraise, rhubarbe) dans son service en porcelaine, Luke, en grand cinéphile averti, évoqua le film (S)ex List avec Anna Faris et Chris Evans. Un long-métrage que l’on pourrait classer dans les navets, dans lequel l’héroïne pensant avoir couché avec trop d’hommes, liste ses anciens amants en espérant que l’homme de sa vie se trouve parmi ceux-ci. L’occasion pour chacun d’entre nous de nous rappeler quelques-unes de nos principales histoires passées, lors d’un tour de table. Anna prit la parole en premier.

« Je rêverais d’entendre des Je t’aime régulièrement »

« -Je suis tombée sur pas mal de nazes, pas mal de connards. Pourtant j’comprends pas : je suis quand même une meuf cool : j’aime le football – si on exclut le PSG -, j’ai un humour gras bien lourd, j’aime le cul, je ne suis pas jalouse -enfin, je ne le montre pas tout de suite, j’ai un bon job, je gagne bien ma vie, je suis indépendante… Et malgré ça, je n’ai jamais trouvé un mec bien. Je prône l’indépendance comme Alex, mais il est certain que je rêverais d’avoir un homme bien à mes côtés, je rêverais entendre des « Je t’aime » régulièrement, pouvoir me blottir contre quelqu’un et être réconfortée après une journée de merde.

– Et puis, pour les « gros câlins », c’est bien aussi d’avoir un homme… ajouta Naomi.
– Non. Pour ça, j’ai un sextoy plus efficace que tous mes amants réunis ! Mais même le meilleur rabbit ne peut donner de l’affection. Au mieux, plusieurs orgasmes d’affilée…
– Plusieurs ? Haha ! Voyons, c’est anatomiquement impossible, Anna. Enfin, moi, ça m’est jamais arrivé ! surenchérit Naomi comme si elle appartenait à une majorité restée ici bien trop longtemps silencieuse.
– Ah bah ça expliquerait beaucoup de choses chez toi notamment l’utilisation du terme « gros câlin » à 30 ans… glissa Luke, taquin.

Être la lucky girl

-Je rêverais qu’un mec me prouve que j’ai tort de tous les considérer comme majoritairement salopards. Je ne sais pas si c’est une question de karma, mais ce n’est jamais avec moi que mes ex ont eu envie de construire leur vie amoureuse et fonder une famille. Je suis tombée sur pas mal d’enfoirés qui ne voulaient pas s’engager, qui ne voulaient pas d’enfants. Et j’ai pourtant paradoxalement déclenché quelque chose chez eux : j’ai souvent porté chance à celles qui m’ont succédé. Après être sorti avec moi, mes ex ont trouvé la femme de leur vie : je ne compte plus les bébés conçus par ces mêmes hommes qui n’étaient pas « prêts » quand ils étaient avec moi. Je suis une Lucky Girl… pour les autres nanas. Comme si être avec moi était un stage à valider, avant de vivre une vraie relation de grande personne avec la femme qui me succède. C’est ultra-déprimant : j’ai l’impression, a posteriori, de vivre des bêta relations et que les hommes corrigent leurs principaux défauts de fabrication quand ils sont avec la meuf d’après, expliqua Anna visiblement émue et peinée par le récit de sa propre relation.
– Il faudrait que Gaëlle nous donne des cours parce que  de nous tous, c’est elle la fille douée pour la vie à deux, déclarais-je en constatant que l’on était réuni entre losers de l’amour.

-J’ai connu moins d’hommes qu’Anna, mais effectivement… J’ai le même ressenti de la bêta-relation. Nounours en chocolat m’a quittée et j’ai découvert quelques semaines après, en le surveillant tout à fait par hasard sur Instagram, qu’il était parti vivre à Lyon avec une autre nana qui était enceinte. M. Aftershave m’a quittée pour un homme, tout comme Fred, un autre ex. Et Kevin s’est marié avec une de mes anciennes meilleures potes. Mais c’est pas une grosse perte parce que…
– … parce qu’il s’appelait Kevin. C’est suffisant pour ne pas le regretter, ajoutais-je.
– Non ! Mais Kevin était devenu, comment dire, bizarre les derniers temps. Le déclencheur est sans nul doute  le reportage de la Fistinière qu’on avait regardé parce que Luke nous avait envoyé le lien avec un emoji qui pleure de rire, Depuis le visionnage de ce reportage, tout à fait gênant d’ailleurs, Kevin me parlait étrangement et me proposait des choses… inhabituelles.
– Cherche pas : il voulait  te mettre une boule de pétanque dans le cul, affirma Luke en sirotant son thé, le petit doigt en l’air.

-Je te parle de mes maux de coeur et tu ne penses qu’au cul… Idiot. J’ai l’impression que je ne mérite pas d’être aimée, raconta Naomi, des sanglots dans la voix.
– Avant de trouver un homme, tu devrais faire connaissance avec un sextoy et te détendre le clito, meuf. Si une femme aussi coincée que toi arrivait à pécho un homme parfait, je me poserais des questions ! Découvrant la réaction outrée de Naomi, Alexandra tenta de tempérer ses propos : « Mais tu es une fille bien, Naomi : tu mérites des gros câlins, tu mérites de tomber sur un bon amant, tu mérites un vrai mec gentil. »

« J’ai l’impression que je ne mérite pas d’être aimée »

–  Moi, je n’ai été le lucky boy qu’une fois : le gars qui m’avait trompé et plaqué dans la foulée, est resté en couple avec l’enfoiré avec lequel il m’avait cocufié. Ils sont ensemble depuis plus de dix ans et ont eu un enfant par mère porteuse. C’était censé être ma vie, ça !  Bon, je me réconforte en les surveillant régulièrement sur Facebook : mon ex a bien dû prendre 10 kilos et a perdu ses cheveux et leur mioche est sacrément vilain. Je crois que même si on me l’avait donné cet enfant, je l’aurais rendu au SAV ou vendu sur Le Bon Coin : j’avais des nausées rien qu’en regardant sa photo.

Mais à part cet ex qui est plus heureux depuis que j’ai quitté sa vie, je ne sais pas… C’est vrai qu’on ne peut pas dire que l’appli GrindR me permette de pécho des perles, non plus. Le dernier était attentionné, un vrai gentil… mais il m’a trompé le jour de la Saint-Valentin. Un autre m’a demandé de lui faire pipi dessus, un autre m’a donné une note pendant que je lui taillais une pipe, un autre a cru bon de me dire « Avale radasse ! » après une fellation, un autre m’a chevauché comme un poney avec un hurlement primaire de cow-boy « Yiiiii Ha ! » et une fois, là c’est de ma faute, j’ai accidentellement pété sur la bite d’un mec alors qu’il allait m’enculer… Oh putain, plus j’énumère, plus je réalise la tristesse de mon tableau de chasse. Louise a de quoi remplir son blog avec toutes mes histoires foireuses…

Hebergeur d'image
– C’est prévu… chuchotais-je. Et toi, Alex ?

40 ans et des désillusions

– J’aimerais vous dire qu’il ne faut pas attendre sur les hommes pour être heureux… mais j’ai 40 ans passés et je vous confirme qu’en vieillissant, c’est parfois pesant la solitude. L’indépendance est primordiale mais enchaîner les coups d’un soir et les CDD amoureux est épuisant. Soit on se fait chier à recommencer sans cesse le processus de séduction consistant à se présenter, s’intéresser à l’autre et flirter naïvement pendant plusieurs semaines comme des adolescents, soit on devient blasé, comme je le suis. Et on ne prend même plus la peine de s’astreindre aux codes de la drague. Ça m’est déjà arrivé, en voyant un mec tenter de jouer le lover, d’écourter sa parade amoureuse ridicule et d’en venir directement aux faits en lui mettant la main au panier genre « On sait tous les deux pourquoi on est là, allons-y, casse-moi tout la d’dans, tape dans le fond, j’suis pas ta mère ! ». A quoi bon faire du blabla et se confier à un homme qui ne sera plus dans ma vie dans 48 heures ? Dans une semaine ? Dans un mois ?
– Woooow. Attendez les filles, vous êtes bizarres : quand le gars est un bourrin qui veut juste un plan cul et qui manque de subtilité, vous avez l’impression d’être traitées comme du bétail, mais quand il fait un effort pour se comporter « un peu » avec classe et déférence, vous le castrez. Je vous aime les filles, mais je ne vous comprends pas… constata Luke.

– C’est une façon de me protéger et je pense qu’on fait toutes ça. Je sais que le mec va me décevoir d’une façon ou d’une autre . Quand on est une femme habituée à se gérer seule au quotidien et à ne compter que sur soi pour tout, c’est difficile d’abaisser ses barrières pour laisser entrer quelqu’un dans sa zone privée que l’on réserve normalement à ses amis proches ou son psy. Fendre son armure et se dévoiler un peu pour un homme qui finalement va me tromper ou me larguer… c’est trop violent. Pour résumer, je préfère donner mon cul que mon coeur : ça fait moins mal.

« Je sais que le mec va me décevoir »

-Tu devrais te le faire tatouer sur le cul, Alex.
-C’est en projet mais j’hésite à me faire aussi tatouer un sens interdit sur le postérieur. J’ai vécu avec quelqu’un pendant longtemps, il était ma vie, mon oxygène et la rupture a été d’une violence inouïe : j’avais l’impression qu’on m’ouvrait le thorax sans anesthésie pour me prendre le coeur, passer du papier de verre dessus pendant plusieurs minutes et le remettre en place jusqu’à la même torture du lendemain. Et ce, pendant des mois et des mois. Et depuis ça, je me console avec du sexe sans lendemain. Je ne compte plus les amants et je nique à tout va : je suis sexuellement épanouie mais je reste profondément malheureuse, je crois. Le sexe rapide est devenu un médicament pour avoir une dose minime et régulière d’affection, sans prendre le risque de m’attacher et de faire mal. J’ai conscience que je me ferme sûrement à de belles histoires…

– Elle a fini de nous pourrir notre tea time, Madame Prozac ? balança Luke.

« Je me console avec du sexe sans lendemain »

Le sérieux dont Alexandra venait de faire preuve pour évoquer son célibat et sa rupture passée (et visiblement pas tout à fait guérie) nous avait laissé sans voix. On la connaissait grande gueule, trash, vulgaire, encline à la répartie de mauvais goût mais rarement Alex s’était montrée aussi sensible et fragile. Le fait qu’elle se dévoile ainsi nous avait tous troublé, d’autant que l’on se reconnaît tous dans au moins un détail de sa personnalité, comme le fait d’user d’un humour outrancier pour cacher des blessures sentimentales encore vives. Pendant vingt bonnes secondes, on s’est tous regardés en silence, chacun éprouvant de la peine et de la compassion pour les autres. Genre… Level 10 de la gêne.

– Et toi, Louise? Qu’en est-il de tes ex?
– Je me retrouve beaucoup dans ce que viennent de dire Alex et Anna . Je ne suis tombée que sur des mecs qui ne m’ont jamais respectée voire qui me cachaient. Même mon ex, Voldemort, avec qui j’étais pourtant très officiellement en couple, me cachait à ses collègues, ses potes, sa famille : je devais être une sacrée connasse parce qu’il m’invitait rarement aux événements. Et comme avec lui, j’ai toujours été dans la situation où les hommes me donnait l’impression -volontairement ou non – que  je ne méritais pas d’être aimée, que je ne méritais pas d’affection. Et au final, comme Anna, aucun d’eux ne m’a vraiment aimée d’ailleurs. Ça a flingué mon ego et  je reproduis systématiquement le même schéma avec des hommes qui n’ont aucune estime pour moi. Je suis d’ailleurs tellement habituée à ce qu’un homme ne me manifeste pas d’estime, que j’ai été surprise quand le Gentleman Fucker m’a payé un verre : le seul fait qu’il paye était, pour moi, une preuve de considération que je n’avais pas eu depuis très, très, très longtemps et pourtant, ce n’est pas exceptionnel.

« Ça a flingué mon ego et je reproduis systématiquement le même schéma avec des hommes qui n’ont aucune estime pour moi »

-T’as vraiment une vie de merde, Louise, commenta Luke.
-Tu devrais être plus exigeante avec toi. Ne serait-ce que pour ta vie privée. De mémoire, t’es quand même tombée sur pas mal de mauvais amants… me rappela Anna.
– En faisant un rapide calcul, je dirais… 30% de mauvais amants, mais j’en ai eu moins que toi !
– Côté nombre, vous ne pourriez pas me battre : mon vagin pourrait figurer dans le guide touristique de Paris ! s’exclama Alex avec une étrange fierté et un regain d’enthousiasme.

Cette femme est très étonnante. Et son CV sexuel allait être développé en long, en large et en travers lors des soirées thématiques 100% girly : les soirées 50 shades of Grey (spoiler : on ne pratiquait pas de BDSM) qui seront très bientôt racontées ici…


LIRE AUSSI : 
Chapitre 1 (épisodes 1 à 5) : la rupture
Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

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3 commentaires sur “Épisode 28 : Le jour où on a rédigé notre (s)ex list”

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