Episode 15 – Le jour où Anna a osé l’improbable vengeance

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Anna est une wonderwoman. Elle a un super job, elle est indépendante et me rappelle Alex à bien des égards. Si tu as lu les épisodes précédents, tu sais déjà qu’Anna n’est pas une grande romantique : elle est comme moi -et comme Alex- une déçue des hommes. Raison pour laquelle, à force de les fréquenter et d’être consternée à chaque fois, elle a établi une classification des mâles dans laquelle on peut considérer que ceux-ci sont globalement souvent des enfoirés. Et pour comprendre le point de vue de cette trentenaire et cadre dynamique, il faut savoir qu’Anna n’a pas toujours été comme ça. Avant, elle gambadait avec allégresse et candeur dans les champs de coquelicots en chantant avec les moineaux telle une princesse Disney…

…puis elle a rencontré le mal. L’homme qui allait la transformer et surtout, qui allait transformer ses futurs rapports avec le sexe opposé.

Elle, super-héroïne indépendante, avait une kryptonite : il s’appelait… appelons-le DickHead, il ne mérite pas mieux. Entre eux s’est installée une relation amicale, sentimentale et sexuelle aussi tumultueuse, passionnelle, (très) complexe qu’instable qui a duré presqu’une décennie.

Trahison, premier round

Ils étaient tombés amoureux à l’âge innocent, au début de la vingtaine. Entre eux, c’était plus qu’une attraction, leur compatibilité était une évidence et pas seulement parce qu’ils étaient tous les deux des gros cochons qui batifolaient à l’envi, plusieurs fois par jour. DickHead était beau, grand, musclé, attentionné… le fantasme d’Anna. Et comble du bonheur : il était (très) bon amant. Il faut dire qu’il avait eu le temps de s’exercer et de s’améliorer, vu le nombre de partenaires qu’il avait eus : certains collectionnent des timbres, lui collectionnait les conquêtes. Au bout de cinq mois de relation passionnée, Anna déchanta brusquement : DickHead découvrit qu’une de ses anciennes partenaires était enceinte. De sept mois. Désireux d’assumer la paternité, il se rapprocha de son ex et décida « pour le bien de l’enfant » de retourner vivre chez elle « en tout bien tout honneur ». « Tout bien tout honneur ». « TOUT BIEN TOUT HONNEUR » qu’il disait.

Anna y croyait et se voulait respectueuse de cette vie de famille mais pour elle, qui voulait un enfant, c’était trop difficile à supporter et elle mit fin à cette relation, le coeur brisé. Mais DickHead était un beau parleur et revenait régulièrement vers elle, par amitié, par envie mais aussi, probablement, parce qu’il l’aimait.

Elle savait qu’il malmènerait son petit coeur

Et souvent, Anna cédait à ses pulsions pour retourner dans les bras de DickHead et ce, même si elle savait foncièrement qu’il malmènerait son petit coeur comme Rick Astley a malmené la musique des années 80. Leur relation était aussi irrégulière que les coupes de cheveux de Kelly Osbourne : ils étaient ensemble mais pas tout à fait un couple. Mais rassure-toi, cher lecteur, pendant les périodes de « pause », Anna n’était pas une nonne et ne se privait pas pour butiner ailleurs. Elle avait des besoins à assouvir aussi. Nom d’une pipe.

Trahison, deuxième round

Et c’est justement au cours de l’une de leurs nombreuses pauses qu’elle apprit que DickHead avait mis enceinte une autre femme, histoire d’un soir. Evidemment, il criait au complot et prétendait que cette odieuse harpie lui avait fait un enfant dans le dos. Comment ne pas compatir : elle avait osé faire comme lui et ne pas se préoccuper de la contraception.

« J’aurais vraiment aimé que ce soit toi la mère de l’enfant, cette fois »

Quelle vilaine demoiselle, en effet (*ironie*). Pensant néanmoins faire preuve de romantisme, ce boulet avait déclaré à Anna : « J’ai mis une deuxième femme enceinte… mais sache que j’aurais vraiment été que ce soit toi, cette fois ». Finalement, après de longues conversations, DickHead avait convaincu cette deuxième femme que l’avortement était la meilleure option et l’histoire s’était arrêtée là entre eux. Mais Anna était naturellement déçue : il refusait de lui faire un bébé mais il enfantait toutes les autres femmes qu’il rencontrait ! Impatiente d’être maman et toujours amoureuse de DickHead, Anna lui avait en effet demandé à maintes reprises de lui faire un enfant mais non : il se disait trop coureur de jupons pour ça et la « respectait trop » pour lui imposer une situation aussi compliquée. Elle était furieuse et répétait inlassablement cette analyse tout à fait pertinente : « Ce fils de pute refuse de me féconder alors qu’il arrose tous les teuchas qu’il croise avec ses gamètes ! ».

Elle savait qu’il était toxique pour elle et, maturité oblige, elle prenait ses distances… mais retombait inlassablement dans ses bras. A l’issue d’un énième cycle « belles paroles de DickHead > soutien amical>sexe de folie > trahison>déception > rupture >chacun va voir ailleurs>rebelote », Anna se pensait vaccinée. Erreur.

« Si la polygamie était possible, nous serions tellement heureux tous les deux »

Peu après cette deuxième grossesse, il était revenu en affichant une honnêteté nouvelle : il avouait aimer Anna… mais il admettait aussi qu’il aimait visiter d’autres vagins. « Anna… Si la polygamie était possible, nous serions tellement heureux tous les deux » lui avait-il fièrement annoncé lors d’un dîner chez elle, visiblement convaincu que cet argument provoquerait une euphorie. A la place, elle avait préféré lui balancer à la tronche un cheesecake à la framboise. Et croyez-le ou non mais le cheesecake à la framboise provoque des tâches très difficiles à récupérer sur le sol.

Trahison, troisième round

Plusieurs mois encore après, au moment où elle tournait définitivement la page (tout en gardant son numéro de téléphone dans son répertoire), DickHead revint en ami près d’Anna et évoqua la possibilité de lui offrir sa semence. Elle n’était plus amoureuse mais éprouvait toujours de la tendresse pour lui et surtout, elle voulait toujours un bébé. Elle commençait à considérer la proposition quand DickHead se rétracta : l’homme le plus fertile du coin avait (encore) dégainé un coup et avait (encore) provoqué une grossesse.

« L’envie fut forte de le gifler avec une pelle »

La mère du premier enfant, avec laquelle il était retourné temporairement retourné vivre « en tout bien tout honneur », était à nouveau enceinte. Sûrement un accident, bien sûr : il avait probablement trébuché et avait sûrement fini par s’emboîter dans elle, par maladresse… Quand il apprit à Anna cette troisième grossesse, l’envie fut forte de le gifler avec une pelle… mais, très digne, Anna se contenta de balancer l’iPhone du malotru du huitième étage. Digne, je vous dis.

Mais, se sentant trahie, Anna voulait faire plus. Et avait fait plus, comme elle m’en avait parlé un soir de spaghettis party. Visiblement, elle aussi avait fait sa Lemonade.

***

« -Tu te souviens de DickHead, Louise?
– Le serial fucker, ouais.
– Il s’est passé quelque chose…
– Tu sais que c’est ta kryptonite : tu ne dois pas t’approcher de lui. Superman et DC Comics ne t’ont donc rien appris, malheureuse?
– J’ai accepté un dîner chez lui, il y a une semaine. Je voulais mettre un terme définitif à cette histoire toxique lors d’une discussion d’adulte à adulte. Il m’a reçue dans son appart – il vit désormais seul mais pas très loin de la mère de ses enfants- et comme un vrai gentleman, il avait préparé des bougies et le repas. Pendant que les lasagnes étaient en train de cuire, il a reçu un appel de son ex et m’a laissée en plan chez lui, prétextant une urgence avec les enfants. Il m’a laissée surveiller la cuisson du plat et m’a assuré qu’il en avait pour moins d’une heure.

« Les femmes ont droit à la vengeance »

-Il t’a laissée seule ? Oh… et tu t’es vengée, je suppose?
– Evidemment, Louise ! Alex l’a dit : les femmes ont droit à la vengeance pour compenser les menstruations et les différences de salaire.
-Anna… c’est puéril de se venger comme ça. Contente-toi de tourner la page et de vivre ta vie sans lui, lui ai-je déclamé, pleine de sagesse.
-Est-il utile de te rappeler que pour te venger, tu as fait un remake digital de Merci pour ce moment de Trierweiler, en balançant sur ton ex dans un blog* ? » me balança Anna. Bon. Soit. Elle n’avait pas tout à fait tort. Même si ça n’avait rien à voir avec une vengeance. Bon, bref, revenons à Anna : c’est elle que nous jugeons, là.

La vengeance dorée

« -J’étais venue pour discuter, de façon adulte mais quand il m’a abandonnée, j’ai vu rouge. J’ai bu la moitié de la bouteille de vin qu’il avait achetée et, bourrée, je suis allée dans sa chambre avec une paire de ciseaux pour bousiller ses fringues. J’ai découpé un énorme trou dans l’entrejambe de tous ses jeans, j’ai également découpé deux ronds à la place des têtons sur tous les t-shirts et chemises propres que j’ai trouvés dans son armoire. Puis j’ai tout plié et remis correctement en place. Je me suis dit qu’il aurait l’air con pour aller bosser et ça m’a fait du bien.
– Je te juge tellement, Anna. Mais je te juge tellement si tu savais. Regarde mon visage : c’est totalement le visage du jugement.
– Comme j’étais un peu pompette, j’ai balancé le reste de la bouteille contre le mur… et c’est pile à ce moment qu’il est revenu dans l’appart. Il était, à juste titre, furieux et m’a foutue dehors.
– Maintenant que tu as pris ta vengeance, ça va mieux?

« J’ai dépassé les bornes, non ? »

– C’est pas tout à fait fini… Au moment de quitter l’immeuble pour prendre un taxi, j’ai eu envie de pisser avec tout le vin que j’avais bu. Alors je suis remontée pour lui demander de me laisser utiliser ses chiottes. Sauf qu’au moment de sonner à sa porte, je me suis dit qu’il avait peut-être découvert ce que j’avais fait…
– T’es allée pisser chez la voisine, du coup?
– Non. Telle une allégorie de notre relation, j’ai pissé sur son paillasson : il s’est comporté comme un chien avec moi, et bah j’ai fait pareil. Et après… Je me suis enfuie. Et faute de taxi, je suis rentrée chez moi à pied pour la classique marche de la honte : ma walk of shame… C’est la lose ? J’ai dépassé les bornes, non?
– Disons que… c’est particulier quand même. Mais on est capable de faire beaucoup de conneries à cause de l’amour, donc, je ne peux pas totalement condamner ce que tu as fait.
– Tu l’écriras pas dans ton blog* ça, hein ? Promis ? Ce serait la honte…
– Voyons, Anna. Tu me connais… »

*On parle du blog dans le blog : oh la jolie mise en abyme


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Chapitre 1 (épisodes 1 à 5) : la rupture
Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

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