Episode 11 – Le jour où j’ai rencontré un gold digger

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Jérémy n’était pas un ami proche. C’était le genre de copain que l’on voit avec plaisir mais pas souvent. D’une part, parce qu’il changeait d’amant tous les trois jours et se rendait toujours très disponible pour tous les gentlemen qui passaient dans son lit et d’autre part, parce qu’il était gentil mais légèrement désagréable et avait une tendance exténuante à parler en franglais comme Afida Turner. On avait été au lycée ensemble où l’on était inséparables puis après le bac, nos chemins s’étaient séparés : lui était devenu attaché de presse prétentieux à Londres alors que j’avais concentré mon temps à devenir écrivain/journaliste prétentieuse à Paris. Deux univers différents. Mais une à deux fois par an, on se retrouvait pour prendre un café et faire une petite mise à jour de nos vies respectives.

Le rendez-vous dont il est question ici était tombé peu après ma séparation : je n’étais pas rayonnante mais j’avais, heureusement, déjà retrouvé une tête décente. Dans un café de la rue Rivoli, nous nous étions attablés en terrasse et avions modestement mis un rein et un poumon en vente pour nous offrir un café gourmand en fin de journée.

-Alors, Louise. Tu te remets quand sur le marché du love?
– Quand j’aurai terminé de faire mon deuil. Il va me falloir un peu de temps. J’étais vraiment amoureuse, tu sais.
– Genre, vraiment in love? Ou in love comme moi? En ce moment, je sors avec Wilfried, un petit frenchy qui s’est installé à côté de mon Starbucks préféré à London.
– Tu sors avec lui.. genre pour de vrai, cette fois?
– Oui ! On est jeudi, c’est ça? On sera ensemble, au moins, jusqu’à samedi soir.
– Tu tiens un Google Agenda?
– Non, voyons… mais c’est une idée. Samedi soir, il y a une soirée ultra-hype dans un club de London et il est le fils de l’organisateur. Je le larguerai après.
-C’est pas un peu opportuniste, quand même?
– Si, absolument ! Tu manges ta mousse au chocolat ou je peux terminer la tienne? Les cafés gourmands parisiens sont tellement minuscules : j’ai toujours faim, après ! London is better for that.
– Touche à ma mousse et je te crève les yeux. Attends… Tu sors et largues les hommes, sans que ça te gêne?
– Tu es trop sweet, darling. Tu es encore naïve, hein? L’amour existe mais il n’est pas à tous les coins de rue donc en attendant de trouver le charmant businessman qui viendra m’offrir le big love, je me contente de ce que je trouve et toujours pour des courtes durées pour éviter de m’attacher.
– Tu ne sors qu’avec des mecs riches apparemment?
– C’est mon côté gold digger, Louise darling ! Tôt ou tard, les hommes nous brisent le coeur, n’est-ce pas?
-Jérémy… Tu es un homme aussi, je te rappelle.
-C’est pas pareil. Donc, tôt ou tard, les hommes nous brisent le coeur donc autant en profiter tant que possible. Autant se taper un gars bourré de thunes, avec un réseau intéressant. Quitte à ce que ça se termine, j’aurais au moins pu profiter de la vie comme une diva. J’aime me sentir Mariah Carey avec mes amants.
– Non, mais attends Jérémy… Tu gagnes bien ta vie, non?
– Louise… Il n’y a pas moins cher que gratuit. Tu savoures tellement mieux un resto haut de gamme quand ce n’est pas toi qui paye l’addition. Le goût du gratuit n’a pas d’équivalent. Et puis, ces hommes riches sont avant tout des hommes : ils ont besoin d’attention, de câlins et plus si affinités. Ils veulent un gentil garçon à leurs côtés, je veux une vie de riche : c’est une relation gagnant-gagnant.
– Tu michetonnes, quoi.
-Oh que c’est moche, dit comme ça. Tu parles tellement mal depuis que tu vis à Paris, Louise. Disons que je suis un épicurien opportuniste.
-Ah. Et t’es heureux? Et si tu rencontres l’amour? Tu changerais de mode de vie?
-Le michto qui est devant toi est avant tout un incorrigible romantique : je quitterais tout par amour. Je l’ai déjà fait et il m’a brisé le coeur, donc j’essaie de me préserver d’une nouvelle erreur de ce type. Mais je pourrais élever des chèvres dans le Larzac si l’amour de ma vie me le demandait. Bon… Il faudrait quand même pas mal me supplier mais il faudrait juste qu’il ait le wifi et un abonnement Netflix. Ah, et une cave à vins aussi. Restons civilisés.
– Tu n’as pas peur de passer à côté de l’amour en te tapant tout ce qui a un gros compte en banque?
– Et toi, tu n’as pas peur de passer à côté de l’amour en te refermant sur toi-même en attendant que ta dépression post-rupture s’évapore? On ne peut rien anticiper dans la vie et surtout pas l’amour. Il faut juste profiter du moment présent, je pense. Peut-être que c’est idiot, je vais peut-être même le regretter plus tard mais personne ne sait comment gérer ça correctement : on fait ce qu’on peut. Et comme disent les jeunes loubards : YOLO, quoi. Et sinon, darling : heu… l’addition arrive, tu rinces? »


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Chapitre 1 (épisodes 1 à 5) : la rupture
Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

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