Épisode 35 : comment draguer au bureau en six étapes

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Louise Colbert
C’est moi, Louise !

Previously dans l’épisode 34 : Le bureau. Lieu idéal pour adhérer à l’idée de Sartre : « l’enfer, c’est les autres ». Après avoir fait un panorama de tous ces collègues relous à qui on ferait bien bouffer une agrafeuse, une autre question émergeait : comment draguer au bureau ? Ayant une petite expérience dans le domaine, j’enseignais mon savoir-faire (mauvais, au passage) à mes amis.

C’était un dimanche printanier ensoleillé classique : il était 11h00 et nous étions réunis chez Marc et Gaëlle pour bruncher sur leur terrasse. Jus d’orange, œufs brouillés, bacon, poivrons grillés, viennoiseries, baguette, café, Nutella, chocolat… Il y avait de tout sur la table extérieure pour accueillir les estomacs sur pattes que nous étions, avec un petit son des Black Eyed Peas en fond sonore (l’album Monkey Business pour les connaisseurs). On était bien et pourtant, entre un croissant et sa troisième tasse de café, Luke a lancé sa bombe : il fantasmait sur une de ses collègues.

Quand notre ami gay se met à fantasmer sur UNE collègue

Rien d’exceptionnel ? Si, parce que rappelons que Luke est plutôt gay normalement. Mon ancienne patronne, une sexagénaire vulgaire au possible et amie des plus grands (Zahia, Samy Nacéri, Jean-Marie Bigard… les plus grands, je vous dis) aurait dit de Luke qu’il était -et je cite l’auteure- « PD comme 12 phoques ». Ce que Luke n’aurait d’ailleurs pas nié.

 

« -Comment je fais pour revenir vers le droit chemin ? Ai-je été marabouté par Christine Boutin ? demanda Luke inquiet de cette attirance soudaine pour une personne dotée d’une vulve.
-Non, tu te taperais ta cousine sinon,  analysa Anna
– Peut-on vraiment te juger de fantasmer sur une personne que tu fréquentes quotidiennement au bureau ? Je ne crois pas, avança Gaëlle comme pour devancer d’éventuels griefs à son encontre.
– MAIS C’EST UNE MEUF ! Elle a des seins et tout. Bon, c’est vrai qu’elle est brillante comme Elise Lucet, aussi drôle que Chantal Lauby et qu’elle est aussi belle que Scarlett Johansson mais…. Oh mon dieu, je suis la honte de ma communauté ! Sainte Gloria Gaynor me jugerait, déplora Luke devant sa propre situation.
– Gloria Gaynor? Bravo pour le cliché gay… chuchotais-je
– Ah mais au fait, Louise. Toi, t’es une habituée de ce genre de situation, comment ça se gère ? me demanda Anna
– Plaît-il ? Je suis à peu près sûre d’être hétérosexuelle : même si j’éprouve une grande fascination pour Michelle Obama et Ellen DeGeneres, c’est en tout bien tout honneur, j’en suis presque certaine.
– Non ! Fantasmer sur un collègue. T’es déjà sortie avec un collègue, comment ça se gère ?
– Oui, indirectement avec le Gentleman Fucker puisqu’il collaborait avec ma boîte quand on a commencé à flirter. Et j’ai aussi fait ça avec mon ex, Voldemort puisqu’on était tous les deux journalistes dans la même rédac’. Et bien, c’est excitant au début même si c’est stressant de devoir se surveiller de peur de trahir une quelconque émotion avec un regard insistant, un toucher de main, un sourire appuyé… Ça demande une grande maîtrise de soi et c’est encore plus compliqué au début d’une relation parce que tout est rose et que t’as envie de crier sur tous les toits que tu es amoureuse et que tu as une activité sexuelle régulière.
– Déjà, attends, commençons par le début. Comment t’as réussi à le pécho, comment s’est passé le processus ? demanda Naomi, visiblement en quête de conseils.
– Teach us master, me demanda Alex.
– Prenez des notes mes petits chattes…

ÉTAPE 1 : l’agressivité injustifiée

-J’étais intéressée par lui depuis un moment et je lui avais fait des avances mais j’avais vite arrêté en apprenant que ce connard, qui n’en était d’ailleurs pas encore un à mes yeux, était en couple. J’ai donc gardé mes distances, frustrée, tout en l’observant avec une jalousie maladive et en faisant preuve d’une extraordinaire agressivité injustifiée à son égard : je lui aboyais dessus sans raison.

– Bravo. Super technique de drague : tu as donc agressé ton crush ! Tu n’as donc jamais regardé Hitch, expert en séduction, Louise ? me demanda Alex, consternée.

« J’étais une vraie connasse avec lui »

– C’est mon côté sanguin… Bref, j’étais une vraie connasse avec lui, d’autant qu’il était certes en couple avec une pouffiassse d’actrice ratée que je ne connaissais absolument pas, mais il se rapprochait aussi de plus en plus d’une te-pu du bureau que je détestais. J’avais donc deux raisons d’être désagréable. Un jour, j’ai appris par une idiote de stagiaire qu’il venait de se faire larguer par son actrice ratée et qu’il n’avait pas le moral : effectivement, il avait toujours une tête de connard mais de connard triste. C’est donc là que j’ai attaqué : je me suis adoucie pendant plusieurs semaines et un soir, alors qu’on était seuls au bureau très tard, je lui ai dit que j’avais appris pour sa séparation et que s’il voulait boire un verre pour se changer les idées, j’étais dispo…

ÉTAPE 2 : après la gifle, la caresse

– Tu as donc profité de sa faiblesse post-rupture pour le convaincre ?  OPPORTUNISTE ! SATAN ! me hurla Luke en me jetant un bout de croissant dans la tronche pour me punir.
-D’habitude, je séquestre les hommes et je mise sur le syndrome de Stockholm pour les amadouer, mais là j’ai effectivement juste profité de sa faiblesse, comme une stratège. Mais non ! En réalité… quand je lui ai proposé d’aller boire un verre, c’était sincèrement désintéressé : j’avais lâché l’affaire avec lui. Je n’étais plus du tout dans l’optique de le draguer, j’avais d’ailleurs une autre proie en vue : un ancien collègue, d’une ancienne boîte.

« Au troisième cocktail, j’ai repris la stratégie de la drague »

– Décidément…  me lança Naomi avec un soupçon de condescendance dans la voix.
– Donc. Je disais avant d’être interrompue par la voix de la bienséance… Un soir après le bureau, vers 21h30, Voldemort et moi avons été dans un bar, à Paris, pour boire un verre, puis deux et au troisième, j’ai repris la stratégie de la drague. Je me disais que même si je me prenais une veste, au pire il serait trop bourré pour s’en souvenir le lendemain. Honneur sauf, donc.

ÉTAPE 3 : l’humour, les blagues de bureau et le baiser

-J’ai flirté avec lui en lui faisant des blagues déroutantes en bonne déconneuse que je suis, pour finalement l’emmener sur le terrain que je voulais.

Je lui ai demandé quelles collègues lui plaisaient au bureau, sachant qu’on travaillait dans un petit service avec peu de filles. Un peu pompette, il a énuméré chaque demoiselle en s’attardant sur la fameuse te-pu du bureau qui lui plaisait. Evidemment, vu que je la détestais déjà, j’ai naturellement haïe encore plus cette grognasse : et mon sixième sens ne m’avait pas trompé puisqu’il m’a quittée pour elle. Mais pour en revenir à cette soirée drague, il a terminé son énumération en affirmant que je lui plaisais.

« J’ai compris que j’étais son plan B mais… »

Bon, j’avais compris dans son argumentaire que j’étais son plan B et qu’il aurait préféré se taper la te-pu du bureau, mais coup de chance, elle était en couple donc j’ai sauté sur l’occasion. L’alcool était visiblement en ma faveur donc on a pris un quatrième cocktail, on s’est rapprochés et on s’est finalement embrassés. Et comme je pensais qu’il était bourré et qu’il allait regretter, je ne lui en ai pas reparlé le lendemain au bureau. Ni le surlendemain. Je me disais qu’il était peut-être tombé sur ma bouche par accident…

ÉTAPE 4 : la relation cachée

– Par accident ? T’es un peu con quand même, insista Anna
– Disons… « naïve » nuança Marc qui préparait avec amour les tartines de Nutella pour Gaëlle pendant notre brunch.
– Finalement, après trois semaines de flirt, de discussions jusqu’au milieu de la nuit et de baisers, Voldemort a enfin accepté de coucher avec moi…
-Trois semaines ? Il était prude !
– Non, il avait des raisons personnelles bien particulières que je ne développerai pas ici, pour expliquer qu’il tentait de se retenir le plus possible de faire quoi que ce soit avec moi. J’ai compris, bien plus tard, à ses textos romantiques qu’on était apparemment en couple. Disons qu’il m’a fallu plus d’un mois pour comprendre qu’on était ensemble. Au bureau, on ne se parlait quasiment pas, on ne se regardait pas. Ce qui semblait cohérent puisque j’avais été tellement désagréable avec lui plusieurs semaines auparavant, que tout le monde était convaincu que j’avais envie de lui arracher la tête sans raison.

« Il m’envoyait plein d’emojis coeurs, plein de Je t’aime. Il était hyper romantique au début »

-Tu es un peu excessive… Sommes-nous toutes des drama-queens ? demanda Anna, spécialiste du genre
– Certainement. Le soir, on avait l’habitude de se retrouver chez moi, mais en partant du bureau à 10 ou 20 minutes d’intervalle. Au fil des semaines, on s’attachait de plus en plus l’un à l’autre et on avait de plus en plus de mal à se cacher : on était cons, on était amoureux, on voulait étaler notre bonheur mais on voulait aussi préserver notre histoire des complications et des rumeurs du taff… Notre service était composé d’une belle brochette de décérébrés totalement immatures : je n’avais pas envie que ma première vraie histoire d’amour leur serve de distraction. Alors comment communiquer ? On était en open-space mais nos bureaux étaient éloignés l’un de l’autre, alors on s’envoyait des messages sur les ordinateurs via la messagerie interne de l’entreprise et on s’envoyait des textos mignons : il m’envoyait plein d’emojis coeurs, plein de « Je t’aime »… Avec du recul, il était hyper-romantique au début.

-Argh. C’est tellement mielleux que ça me provoque des caries, déclara Luke, dégoûté
-Tu me donnes envie de vomir, Louise, surenchérit Alex
– Vous ne vous êtes jamais fait surprendre en vous envoyant des messages sur les ordis ? demanda Anna, soucieuse du détail.
– Si… On a donc tous les deux menti. Lui disait aux collègues curieux qu’il s’était remis en couple avec son actrice ratée et que c’était à elle qu’il envoyait des messages. De mon côté, je semais le trouble en vantant mon célibat et en évoquant des plans cul.

« Il était adorable. On était insouciants. C’était le bon temps… »

Et ça a marché, personne ne nous soupçonnait. Les semaines défilant, on était de plus en plus courtois l’un envers l’autre devant les autres collègues et parfois il me proposait ouvertement d’aller à la cafét’ située au rez-de-chaussée. Je prenais donc les commandes de café pour tous les collègues pour ne pas attirer l’attention et on se tenait la main quand on était à l’abri des regards et on en profitait pour s’embrasser comme deux adolescents dans l’ascenseur. C’était adorable, il était adorable. On était insouciants, amoureux et on pensait que ça durerait toujours. C’était le bon temps…
« On allait à la cafét' »… Ça fait tellement « série AB Production » genre Premiers baisers. C’est d’un niais, Louise ! jugea Alex.
– Grave… Je m’auto-juge. Mais j’étais jeune, une autre époque. Je n’avais pas encore acquis la maturité et la sagesse des 30 ans.
– Bon, et alors, vous avez consommé ? Il y a eu sexe au bureau ? demanda Anna, l’oeil fripon.

ÉTAPE 5 : le sexe au bureau

– Il y a prescription maintenant… Je peux le dire. Et puis de toute façon, on ne risque pas de se reparler, donc allez, je balance : on a baisé une fois au bureau…
– Le fantasme absolu ! C’est carrément sur ma to-do-list ! s’exclama Gaëlle
– Mais… heu… on ne bosse pas ensemble, mon coeur…
– Je sais bien, Marc. C’est pour ça que ça reste du fantasme. Mais si tu viens bosser chez moi un jour, je te ferai des trucs dont t’as pas idée, ajouta Gaëlle. Alors, c’était où ? Il y avait pas des caméras au bureau?
– Si, bien sûr qu’il y avait des caméras : c’était une grosse société. On a fait ça un soir où on terminait très tard… dans les toilettes pour handicapés.
– Et… ? demandèrent en choeur Luke, Anna, Gaëlle et Alex, assoiffés de potins.
– Et… Bof. Genre 4/10. Le sexe au bureau était aussi sur ma to-do-list, donc je suis contente de l’avoir fait au moins une fois, mais c’était vraiment pas terrible car expéditif et pas du tout pratique. J’ai pas arrêté de me cogner, on a galéré à trouver une position correcte, sans compter cette violente lumière pas du tout flatteuse. D’habitude, mon secret de beauté, c’est plutôt la pénombre… Là, c’était mort : mes défauts étaient exposés en plein phare.
– La question qu’on se pose tous : vous avez fait l’amour debout ? demanda Gaëlle
– Tu veux les détails techniques ? On a essayé debout : échec cuisant. Il s’est assis sur les chiottes, moi à califourchon sur lui, j’ai détesté et je sentais rien.
-Et ça s’est fini en levrette, non ? C’est la valeur sûre. La base, commenta Anna.
-En effet, ça a un peu sauvé la situation. C’était tellement pas terrible qu’on n’a jamais recommencé.

ÉTAPE 6 : l’annonce aux collègues

-Et comment vous avez annoncé votre histoire aux collègues ? demanda Naomi
-On l’a annoncé au bout de quatre mois… quand j’ai quitté l’entreprise. Il y avait une soirée presse à laquelle il était invité, ainsi que beaucoup de ses collègues (et anciens collègues à moi du coup). On est arrivé à la soirée main dans la main, sans rien annoncer en se contentant de confirmer par un baiser quand on nous demandait si on était ensemble. Et comme il y avait son collègue Monsieur Potins qui était présent, tout le bureau était au courant le lendemain grâce à Radio LDP / Radio Langue De Pute.
-C’est quand même une histoire mignonne… s’émue Naomi.
-Mouais, je préfère ne pas me souvenir de cet aspect-là. Voilà donc en six étapes comment draguer au bureau.
-Et attends Louise : et cet autre collègue de l’ancienne boîte que t’avais en vue avant ton premier baiser avec Voldemort ? Celui que t’as évoqué…
-C’est une autre histoire, ça…


 

Summary
Episode 35 - Comment draguer au bureau
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Episode 35 - Comment draguer au bureau
Description
Comment réussir à draguer son collègue sans se faire griller par les autres? En six étapes (pas forcément recommandables), Louise explique comment elle a réussi à vivre une jolie romance... aujourd'hui terminée !
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Nos 30 ans // Génération X/Y
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