Épisode 32 : quand on débriefe des hommes

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Ce jour-là, Anna, Gaëlle et moi nous étions retrouvées en terrasse d’un resto, le temps d’un déjeuner, en pleine semaine. Lunettes de soleil sur le nez et une citronnade à la main, nous savourions cette accalmie dans nos journées chargées, L’occasion donc pour nous trois d’oublier l’espace de deux heures nos insupportables collègues et/ou supérieurs hiérarchiques et/ou stagiaires (rayez la ou les mentions inutile-s). Deux heures de répit mérité. Et vu le visage marqué par les cernes de Gaëlle, cette pause était la bienvenue.

– C’est quoi cette tronche ? T’as pas dormi depuis combien de temps ? lui demanda Anna
-Deux semaines. C’est à cause de Marc…
– Hin, hin… Coquine ! Tu fais des folies tous les soirs, hein ?
– Oh que non. Loin de là. Depuis quinze jours, il ronfle comme une putain de moissonneuse-batteuse. TOUTES. LES. NUITS. J’en peux plus, je suis crevée…
– T’as essayé de le faire changer de position ? demandais-je
– J’ai tout essayé. Je suis claquée. Et son appartement n’est pas si grand que ça donc où que j’aille, j’entends ce bruit de turboréacteur. Horrible. Je ne sais plus quoi faire…
-Et les boules quiès? demanda Anna
-Ca marche pas ! Hier soir, je me suis réveillée à 3 heures du matin, épuisée. Un rayon de clair de lune entrait dans notre chambre et je le voyais là, en train de dormir comme une masse, en faisant trembler l’appartement avec des ronflements de niveau 7 sur l’échelle de Richter. J’étais tellement claquée et à bout de force. J’ai pris un oreiller, je me suis mise à quelques centimètres de lui, je l’ai réveillé et je lui ai dit : « Marc… Je pense que je vais t’étouffer dans ton sommeil ».

– Le meurtre n’est pas une bonne idée, tu sais, insistais-je.
– Il a ouvert un oeil, a grommelé un truc genre « Mmmm… stuveux » et m’a -involontairement- donné une grosse claque dans la tronche, en se retournant pour poursuivre sa nuit de sommeil. Je suis à deux doigts de poser un RTT pour passer une journée à dormir dans l’appart pendant qu’il est au taff. Et vous, quoi de beau, les meufs ? Anna, t’avais pas un rencard hier soir ?
-Si… d’ailleurs, ça tombe bien qu’on soit réunies. Il m’a envoyé un texto et je ne sais pas quoi répondre. Il m’a écrit : « J’ai passé une super soirée, j’espère qu’on pourra bientôt se revoir. Bisou ».

– Est-ce qu’il y avait un emoji ? Il l’a envoyé combien de temps après que vous vous soyez quittés ? Si c’est plus de 12 heures, c’est un goujat. Moins de 12 heures, il tient à toi. Et comment s’est passé le rencard : il t’a embrassée après ? Il nous faut plus de détails pour apporter un diagnostic complet de la situation. Pour l’instant, ce que je peux dire c’est que « bisou » au singulier… C’est pas terrible, analysais-je comme s’il s’agissait d’une science exacte qui méritait la connexion de tous mes neurones.

– Non, pas d’emoji. Texto envoyé 30 mn après qu’on se soit quittés et oui, baiser chaste après le resto.
-Bien, bien. Alors, voilà mon analyse : « Bisou » au singulier, c’est moins affectueux que « bisous » au pluriel. Mais c’est plus mature que « kiss » ou « poutous poutous » et moins sensuel que « Je t’embrasse ».  Et ça reste plus chaleureux que « bises » et moins conventionnel que « baisers« . Bisou au lieu de bisous : c’est con, à un « S » près, on aurait pu être sûres qu’il s’agissait de l’homme de ta vie. C’est dommage qu’il soit nul pour les accords, décrypta Gaëlle, en sirotant ta citronnade.
– Bon, du coup, je réponds quoi ? s’inquiéta Anna
– On est encore jeunes, on est donc des déglingos. Montre-lui que t’es une trentenaire terriblement fun en répondant avec un emoji. Emoji aubergine si tu veux pécho. Emoji bisou-coeur si tu veux lui dire que t’es prête pour pécho mais qu’il faut encore faire un petit effort. Emoji caca pour lui faire comprendre qu’il t’emmerde. Emoji alliance si tu veux lui dire que « if he likes it then he should put a ring on it » poursuivit Gaëlle.

-OK. Et est-ce que je laisse un suspense avec des points de suspension, genre « Hin hin, il pourrait se passer des trucs, petit fripon… » ? Ou juste un point simple genre « Je suis hyper à cheval sur la ponctuation » ? Ou aucun point, genre « Hey ! Devine le message subliminal derrière mon texto ! » ? Ou un point-virgule pour montrer que je suis une meuf carrément atypique ? demanda Anna.
-Trop de questions techniques. Sors ton téléphone et testons.

Test numéro 1 : En toute sobriété
Test numéro 2 : avec un emoji subtil
Test numéro 3 : pas du tout subtil

 

 

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Test numéro 4 : hein ?!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Option numéro 2, nous exclamâmes Gaëlle et moi.
-Dossier clos. Et toi, Louise ? Ca y est, t’as conclu avec ton Gentleman Fucker ? Votre rencard s’est bien passé alors, à quand la suite ? A quand la partie de youplaïlaï ? me demanda Anna.
-Ce soir… répondis-je avec un ton mystérieux, alors que je m’apprêtais à déguster la salade que j’avais commandée.
– Débrief demain ? demanda Gaëlle.
-Débrief demain.

*** Et le lendemain matin… à 7h20***


Après trois autres nuits passées avec le Gentleman Fucker, notre relation s’était finalement arrêtée. Comme Luke l’avait très justement vu venir, mon amant voulait s’amuser, avait fini par se lasser de moi et avait donc trouvé d’autres partenaires de jeu. Je ne lui en voulais pas car je n’attendais absolument rien de lui. Il m’avait permis de retrouver confiance en moi et d’envisager une nouvelle rencontre. C’était un joli cadeau quand même.


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Chapitre 1 (épisodes 1 à 5) : la rupture
Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

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