Episode 19 : Le jour où j’ai eu un (honteux) accident de capote

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Nous étions partis en week-end dans un coin paumé pour nous ressourcer. Luke, Gaëlle, Anna, Alex, Naomi et moi avions pensé à un petit moment d’accalmie dans nos vies respectives, dans une grande maison à la campagne, un soir d’été. Pendant que Luke était à la cuisine pour nous préparer à manger, Alex commençait à s’occuper du barbecue. Nous autres étions affalées sur la terrasse, chicha et jus de fruits* pour compagnons. Alors qu’Anna taquinait Gaëlle en agitant sous son nez un tiers de merguez (référence au traumatisme du micro-pénis), Naomi évoqua le test VIH qu’elle comptait faire avec son nouveau mec.

De la nécessité du dépistage

«-Tu vas en acheter un en pharmacie? Aller dans un centre de dépistage ? En labo? demandais-je
-Je voulais aller dans un centre de dépistage mais… c’est glauque, non? me répondit Naomi en affichant le même dégoût que si on lui demandait de faire caca dans des chiottes d’autoroute.
– Bah non… Mais c’est un peu comme dans le sketch de Bref, c’est assez stressant.
– A quelle occasion t’as été dans un centre de dépistage, me demanda Naomi.
– Comme ça, pour visiter les lieux, c’était recommandé dans un guide touristique de Paris.
-Ah bon?
-Bah non, Ducon. Après un rapport accidentellement non protégé, bien sûr, lui ai-je répondu.
-Avec Voldemort?
-Non, c’était avant que je rencontre Voldemort. C’était avec Demak’Up… commençais-je
-Qui?
-Demak’Up, c’était un mec que j’avais rencontré sur un site de rencontres. Son surnom lui vient de sa langue disproportionnée et de sa façon de me laper tout le visage au point de me démaquiller quand il m’embrassait. Argh… Horrible. Une fois, j’ai même senti sa langue dans une de mes narines, j’ai failli crever asphyxiée. Ecoeurant…»

« Oh oh » : la capote perdue

«-Bref, on a discuté plusieurs semaines et puis un jour, on a fait ce qu’on avait à faire…
-Ca veut dire qu’ils ont baisé, précisa Alex à Naomi
-Oui… C’est c’la, oui. Merci. On était en pleine action pour la troisième fois et quand il a eu terminé, il m’a fait « Oh oh ». Et un « Oh oh » quand le mec vient de sortir de toi, c’est pas bon signe. Quand je lui ai demandé pourquoi ce « Oh oh », il m’a répondu qu’il ne trouvait plus la capote. Paniqués, on a cherché dans le lit, sans succès puis m’a dit qu’il ne l’a pas sentie partir et m’a déclamé, façon déduction à la Sherlock : « Elle est peut-être encore à l’intérieur de toi ».

« Un ‘Oh Oh’ quand le mec vient de sortir de toi, c’est pas bon signe »

– T’as une faille spatio-temporelle dans la teucha ! intervint, hilare, Anna devant mon air consterné
– Remarque affligeante… mais pas totalement fausse. J’ai dit à Demak’Up : « Démerde-toi mais va la chercher ! » et il est parti en spéléologie pour tenter de récupérer le préservatif. A ce moment-là, très humiliant je ne vous cache pas, la seule image que j’avais en tête c’est celle de ces vétos qui mettent leur bras dans le cul des vaches pour vérifier que tout va bien, continuais-je devant une Anna amusée et une Naomie effrayée que l’on puisse perdre une capote.
– Mais il t’a enfoncé le bras dans la teuch ? demanda Anna

« Il est parti en spéléologie pour tenter de récupérer le préservatif »

– Ecoute, de mémoire, il a été si loin qu’il aurait pu me toucher la glotte. Mais peut-être que j’exagère un chouïa et que mes souvenirs sont faussés, annonçais-je
-Mais il l’a retrouvée? demanda Naomi
-Evidemment ! Tu crois qu’on l’a laissée à l’intérieur ? Après plusieurs longues minutes de recherches intensives, il l’a retrouvée. Le moment de silence qui a suivi résumait bien le malaise de cette situation. Et vu qu’on ne savait pas à quel moment il avait perdu la capote, on a bien sûr fait les tests nécessaires.

L’angoisse d’une MST et le test de grossesse

Je n’étais pas très régulière dans ma prise de pilule à ce moment-là, donc j’ai évidemment pris la pilule du lendemain et comme Gaëlle m’avait déjà dit que cette contraception d’urgence n’était pas totalement fiable, j’ai fait un test de grossesse un peu plus tard. Mais surtout, hypocondriaque comme je suis, j’étais un tout petit peu en panique pour les risques de MST. Un peu. En panique. Ou très.»

« -Mais Louise, t’as pas fait de malaise dans cette situation?
-Non, Naomi parce que je suis une femme. Je suis donc une warrior. Mais Demak’Up, qui était bénévole au sein de l’association AIDES, m’a quand même fait paniquer en tentant de me rassurer. Le gars m’a dit, serein : « T’inquiète pas, au pire… les traitements ont beaucoup évolué pour la prise en charge de la maladie ». J’étais liquéfiée : je craignais, au pire, une chlamydia et le gars fait référence, tranquillou, au SIDA. On a discuté, on a parlé du dépistage et on a planifié de se revoir ultérieurement quand on aurait les résultats.

Bienvenu au centre de dépistage anonyme

Du coup, je suis allée dans un centre de dépistage anonyme, pas du tout glauque, mais à l’ambiance pesante. Outre la prise de sang, j’ai vu dans la foulée un médecin qui a essayé de me rassurer quand je lui ai expliqué les circonstances de l’accident. Circonstances qu’il n’a pas compris vu son regard dubitatif quand je lui ai dit que la capote s’était coincée dans mon vagin…

« -Le médecin m’a dit que je n’étais évidemment pas à l’abri mais m’a rassurée en prenant en compte le fait que je n’avais pas un comportement habituellement à risques et il m’a suggéré de refaire un dépistage six mois plus tard. Quelques jours après, je suis allée récupérer les résultats qui, heureusement, étaient négatifs et j’ai revu Demak’Up : on s’est montré les feuilles du labo et on en a rediscuté plus calmement, ai-je continué.
-T’as refait le test six mois après? me demanda Naomi.
-Bien sûr. Et depuis, je fais un dépistage dès que je fais une prise de sang… donc tous les trois à six mois, même quand je n’ai personne dans ma vie : ça me rassure. Je suis devenue un poil parano depuis cette histoire. Déjà que je m’auto-diagnostique mourante dès que j’ai mal à un genou…
-Et tu as revu le mec après?
-Oui, on est sortis ensemble pendant quelques mois et puis ça s’est arrêté pour une raison qui n’avait rien à voir : c’était un connard. Tout ça pour dire que tu peux aller dans un centre de dépistage, sans souci Naomi… »

Notre débat de fond a été interrompu par l’arrivée du dîner.
« – Hey les pétasses : j’ai fait à bouffer, ramenez vos gros culs à table ! nous lança amicalement Luke qui avait enfin terminé sa tâche en cuisine et interrompait, de ce fait, une conversation arrivant de toute façon à son terme.
– Hé blaireau, il n’y a pas de pétasse ici, il n’y a que d’élégantes ladies hautement distinguées. Et elles t’emmerdent… Bon appétit les amis !»

Le reste du barbecue fut consacré à des questions de politique et de management foireux dans nos entreprises respectives. Preuve s’il en fallait que l’on sait aussi traiter de sujets différents que nos relations avec les hommes.


*Et ouais, on ne boit pas tout le temps de l’alcool.

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Chapitre 1 (épisodes 1 à 5) : la rupture
Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

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