Episode 12 – Le jour où Naomi est devenue célibataire

Reading Time: 6 minutes

Naomi, c’est une fille chouette. Elle est secrétaire dans un cabinet d’avocats, elle est hyper sociable, hyper serviable, hyper gentille, hyper tout. Après être tombée sur les mauvais (l’un l’a trompé avec sa meilleure amie de l’époque, l’autre l’a quitté pour un homme), elle était tombée amoureuse d’un charmant brun tout à fait adorable qui avait été approuvé par mes soins.

Après cinq ans d’une romance idyllique, Naomi et cet homme projetaient d’acheter leur première maison ensemble et avaient donc pris rendez-vous à la banque pour faire un emprunt. Le lendemain soir, après sa journée de travail, Naomi avait trouvé un post-it de son ‘Nounours en chocolat » comme elle l’appelait (et malgré mes requêtes de changer ce surnom mielleux). Il y expliquait qu’il s’était rendu au chevet de sa mère malade qui habitait à Marseille. Romantique, Naomi avait choisi de prendre un billet de train pour le sud, sans prévenir Nounours, pour lui faire une surprise et lui assurer de son total soutien. Arrivée à la porte de la maison, Naomi était tombée sur la mère, visiblement en forme et surprise de trouver là sa belle-fille. Nounours en chocolat était bien chez sa maman et semblait tout aussi étonné de trouver sa dulcinée. Tellement étonné qu’il lui avait annoncé, sur le pas de la porte, qu’il préférait prendre du recul, « effrayé par l’achat de la maison et la concrétisation de leur vie de couple ». Assommée et dans l’incompréhension la plus totale, Naomi était revenue en région parisienne sans même avoir pu mettre un pied chez belle-maman. Aller-retour dans la journée. Classe, n’est-ce pas?

Dans leur appartement commun de la région parisienne, en location, Naomi passait ses journées à pleurer et à  tenter de comprendre ce qu’il s’était passé… tout en caressant l’espoir que Nounours irait vite mieux au point de revenir au bercail.  Je la savais anéantie par cette situation foireuse et je suis donc allée chez elle avec une bouteille de vin pour tenter de lui remonter le moral. Un classique.

 

« -Alors Naomi, dis-moi tout…
– Ca fait 23 jours qu’il n’est toujours pas revenu. Il ne répond presque pas à mes textos. Je ne sais pas s’il reviendra…
– Il faut peut-être envisager l’idée que c’est fini…
-Mais pourquoi? Tout se passait très bien ! On allait acheter notre maison ! Du coup, j’ai annulé le prochain rendez-vous à la banque : cette histoire décale tout de même notre projet.
-Je ne sais pas s’il y a encore un projet, Naomi…
-Il ne peut pas balayer cinq ans de vie de couple dont quatre en vivant ensemble, comme ça sans explication !
-Il t’a donné l’explication : il a eu peur de l’achat de la maison.
-Si ce n’est que ça, on peut privilégier un appartement, un charmant trois pièces…
– Calme-toi, Stéphane Plaza. Je pense que ce n’est pas une question de logement. Je ne suis pas dans sa tête, mais c’est peut-être juste que ce projet ancre votre relation dans quelque chose de trop concret et que ça l’effraie…
-Non, mais ça va pas : Le chardonnay te monte à la tête. T’es de quel côté, Louise? »
« Du côté du bon sens » avait-je envie de lui rétorquer. Ce que je n’ai pas fait, en raison d’un sens de l’amitié exacerbé.

*** Un mois plus tard***

Constatant que la première conversation n’avait pas été fructueuse, je n’avais plus abordé ce sujet avec cette copine. Jusqu’à ce qu’elle vienne me voir dans mon studio, un soir, avec une bouteille de rosé. Je n’aimais plus trop le rosé, mais parfois, il faut savoir se faire violence : la vie est faite de challenges.

« -Alors Naomi, quoi de neuf? lui demandais-je.
-Nounours est passé il y a quelques jours, alors que je bossais, pour récupérer sa Playstation et des affaires. Il ne m’a même pas prévenue ! Je le déteste !
-Ah. Donc, c’est fini, c’est sûr?
-Bah non.
-Plait-il?
-Voyons Louise : je ne vais pas faire comme toi et tirer un trait sur ma vie de couple au moindre imprévu. Tant qu’il reste des affaires à lui dans notre appartement, c’est qu’il y a un espoir. Je sens qu’il ne va pas bien et je veux être disponible pour lui, au besoin. Mais c’est très dur de gérer ça, sans information : je pleure tous les soirs, je suis claquée et je fais même des bourdes au boulot par manque de concentration.
– Tu devrais peut-être continuer comme si c’était vraiment fini parce que…
-Non ! C’est l’homme de ma vie. Je le lui dis tous les jours par texto, je lui en envoie une dizaine chaque jour et de temps en temps, il me dit « merci » : la communication n’est donc pas coupée, il reste une chance, avait-elle insisté avec un ton qui me donnait envie de lui balancer son rosé dégueulasse dans la tronche. Mais, courtoisie oblige, je m’en étais abstenue.

Le déni dans lequel elle s’enfonçait me mettait mal à l’aise et m’attristait. Nounours était un vrai gentil mais visiblement Nounours en avait marre de ce surnom ridicule et voulait vivre sa vie loin de Naomi. Il lui manquait néanmoins les coucougnettes de formuler clairement sa requête, ce qui laissait la pauvre Naomi dans une phase étrange.

*** Deux mois plus tard ***

« -Alors Nounours est revenu?
– Non… Je lui laisse encore un mois maximum pour se décider, je n’en peux plus de ne pas savoir sur quel pied danser avec lui. Quand je lui demande où on en est tous les deux, il me répond qu’il est perdu.
– Laisse-le se perdre et tente de revenir vers un monde normal : il ne veut visiblement pas de ton aide alors, avance sans lui et essaie de te ressaisir !
– Tu ne comprends rien à l’amour, Louise.

Et comme toutes les conversations qui évoquaient sa relation avec Nounours, la bouteille de vin y est passée.

*** Trois semaines plus tard ***

Un soir, alors que j’essayais de préparer un risotto (level 12 de difficulté pour moi), mon téléphone s’est mis à sonner. C’était Naomi. Elle était en larmes. Nounours était passé prendre toutes ses affaires, lui avait laissé un mot expliquant qu’il quittait la France.
-Ca va, comment tu encaisses?
-Il n’a pas dit dans quel pays il allait. Comment il veut que je le retrouve? Je vais passer ma vie à le chercher. Il m’a écrit une lettre : « Je me tire, ne me demande pas pourquoi je suis parti sans motif. Parfois je sens mon cœur qui s’endurcit : c’est triste à dire mais plus rien ne m’attriste. Laisse-moi partir loin d’ici. Je me tire dans un endroit où je serai pas le suspect. Après je vais changer de nom comme Cassius Clay. » Le tout, suivi d’un « bonne continuation, ne me déteste pas ». Punaise, je savais qu’il n’allait pas bien mais à ce point-là…
– NAOMI, REVEILLE-TOI!

– Non, mais ça ne va pas de me hurler dessus?
– Qu’est-ce qu’il te faut pour que tu comprennes? Il te quitte. Et en plus, il te quitte en citant du Maître Gims : c’est la lose. C’est pas suffisamment humiliant pour toi? C’est fini. Il faut que tu t’y fasses et que tu pleures…
-Non, mais…
– Je répète : Maître Gims ! Qui fait ça? QUI ? Il suffit de faire preuve de bon sens : il ne te donne pas de nouvelles pendant plusieurs mois, il te dit qu’il part à l’étranger, il a récupéré toutes ses affaires… Non, mais qu’est-ce-qu’il te faut de plus? Tu veux un courrier recommandé ? Un pigeon voyageur annonçant votre rupture? Je suis désolée d’être un peu agressive mais retrouve ton amour-propre : tu vas te laisser humilier combien de temps comme ça?
– Mais qu’est-ce que je vais devenir sans lui?
-Tu vas apprendre à te débrouiller comme une grande personne et à être indépendante. Et apprendre à chanter Ho ho ho ho ho hoho en dansant en rythme. Flûte, mais que dirait Sainte Beyoncé si elle te voyait ? Tu sais qu’elle est la seule déesse en laquelle nous devons croire ? Et tu oses la décevoir ainsi?

Après cette petite colère saine, destinée à la réveiller et lui faire prendre conscience qu’elle devait maintenant entamer un travail de deuil (ce serait l’occasion pour elle de lire les épisodes 1 à 5), Naomi et moi avons pris nos distances.

Provisoirement.

Nous nous sommes vite retrouvées pour des soirées célibataires par la suite. Mais promis, cher lecteur, je te raconterai ça ultérieurement.


LIRE AUSSI : 
Chapitre 1 (épisodes 1 à 5) : la rupture
Chapitre 2 (épisodes 6 à 10) : ce que veulent les hommes
Chapitre 3 (épisodes 11 à 15) : quand l’amour rend con
Chapitre 4 (épisodes 16 à 21) : nos sexloses
Chapitre 5 (épisodes 22 à 28) : amour et désenchantement
Chapitre 6 (épisodes 29 à 32) : ah ! Si les hommes savaient…
Chapitre 7 : (à partir de l’épisode 33) les joies du taff
>> #30 le mag

 

Share
%d blogueurs aiment cette page :