Ambition, pouvoir, argent : trois mots tabous pour les femmes ?

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Soyez ambitieuses : osez demander l’argent et le pouvoir

Une conférence de l’IGS portée par Sophie Muffang et Delphine Rémy-Boutang

Être une femme dans le monde des affaires, ça change quoi ? « Pas grand chose » affirmeront certains. « Tout », diront quelques principales concernées souvent mis au ban de l’évolution de carrière et victimes de ce (trop) bien connu plafond de verre. Si le travail d’éducation des mentalités est en marche et doit évidemment se poursuivre, il est tout aussi important qu’en parallèle, les femmes se saisissent de ce problème en profitant pleinement des opportunités professionnelles… quitte à oser les provoquer.

LIvre Femmes osons pour réussir - Nos 30 ans Voilà, en somme, le discours de Delphine Rémy-Boutang et Sophie Muffang, lors d’une conférence qui s’est déroulée il y a quelques semaines. La première est une serial entrepreneuse, conseillère en stratégie digitale, co-fondatrice de la journée de la femme digitale et ex-tête pensante d’IBM, la seconde est coach et auteure de Femmes, osons pour réussir. Ces deux entrepreneuses, convaincues de l’existence d’un extraordinaire potentiel encore partiellement inexploité des femmes dans le monde des affaires, ont pris la parole lors d’un événement organisé par l’IGS, dans le cadre des matinales RH. Le but de cette conférence : sans remettre en question le travail à faire par la société, elles encouragent les femmes à s’imposer davantage en entreprise et oser être ambitieuses. « Ambition, argent et pouvoir sont encore des mots trop tabous pour les femmes » constatent-elles.

Argent, pouvoir et ambition : des tabous féminins

Vouloir le pouvoir. Oui, le pouvoir de changer les choses

Oui, dans le monde de l’entreprise, il est parfois difficile de trouver sa place en tant que femme. A la société d’évoluer… et à nous, femmes, de nous imposer. « On ne peut pas changer les autres… mais on peut changer sa relation aux autres » affirme Sophie Muffang. Comprenez : oser nous imposer davantage et ainsi contribuer à faire évoluer les mentalités. Pour cela, il faut accepter de prendre le pouvoir et se familiariser avec celui-ci. Un travail de longue haleine à en croire une étude Ipsos de 2017 qui évoque les principaux freins que se mettent les Français et les Françaises. En effet, hommes et femmes associent le pouvoir à des contraintes fortes qu’ils ne sont pas prêts à accepter, notamment les femmes. Selon cette étude :

L’autocensure pour la promotion professionnelle

  • 70% des femmes (vs 58% des hommes) ne seraient pas prêtes à accepter de ne jamais pouvoir se déconnecter de son travail.
  • 70% d’entre elles (vs 60% des hommes) n’accepteraient pas d’être obligées de prendre des décisions allant  à l’encontre de leurs valeurs personnelles.
  • 55% d’entre elles ne seraient pas prêtes à être craintes (vs 42% des hommes) et 54% à être moins proches de leurs collègues qu’avant (vs 45% des hommes).

Je veux le faire, je l'ai fait - Nos 30 ans

Les conférencières expliquent que dans l’inconscient, le pouvoir est souvent associé -à tort- à la domination et à la manipulation. « Pourtant, il suffit de rajouter un mot pour donner un sens plus humain qui parle davantage aux femmes : le pouvoir, oui. Mais le pouvoir DE faire quelque chose », expliquent-elles. Vouloir le pouvoir, c’est vouloir le pouvoir de changer les choses. Le pouvoir, c’est la capacité de jouer un rôle pro-actif. » Et de poursuivre l’argumentaire : « Nous, femmes, devons changer de regard sur le pouvoir et oser avoir de l’ambition. Chacune a un potentiel et il faut se donner l’autorisation d’y arriver. Chacune, à force d’envie et de passion, peut trouver son chemin. »

 

Oser agir sans demander l’autorisation : le pouvoir ça se prend, ça ne se demande pas

Quand elles sont prêtes à accepter certains sacrifices, comme ceux cités plus haut, les femmes n’osent pas toujours réclamer une récompense. Elles travaillent aussi bien que les hommes, mais le font moins savoir et ne demandent pas de promotion ou d’augmentation ou de prime, explique Rémy-Boutang, elle-même chef d’entreprise. Là où les hommes font connaître leur travail accompli et les efforts fournis pour légitimement réclamer une rétribution, les femmes font leur travail, de façon très professionnelle, mais estiment juste faire leur job, attendant que leur travail soit logiquement remarqué et apprécié par la hiérarchie. « Si on ne demande pas, il n’y a effectivement pas de risque que l’on vous refuse cette prime ou cette promotion, rappellent les expertes. Mais il n’y a aucun risque d’acceptation non plus ». Là, encore, les éléments de l’étude Ipsos convergent en ce sens :

Les femmes demandent moins facilement que leur conjoint :

  • Une évolution de leurs attributions : 24% d’entre elles (contre 37% des hommes)
  • Une augmentation de salaire : 19% (vs. 35% des hommes)
  • Une promotion hiérarchique : 18% (vs. 34% des hommes)

Pourtant, comme se plairait à répéter Delphine Ernotte (patronne du groupe France Télévisions) en coulisses : « Le pouvoir ne se donne pas, il se prend ».

Syndrome de la bonne élève et autolimitation

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Savoir oser

« Les femmes se mettent des freins en disant ‘Je ne peux pas, je n’ose pas, je n’y arriverai pas.’  Cette autolimitation les empêche de se mettre en mouvement. Et si on ne se saisit pas de toutes les opportunités, c’est parce qu’on suit toutes les règles » explique Delphine Rémy-Boutang avec clairvoyance. Et l’étude Ipsos de mars 2017 illustre bien cette affirmation : 49% des femmes (vs. 35% des hommes) se posent la question ‘Est-ce que j’en suis capable ?’ avant d’accepter une évolution de poste. Et d’ajouter, en paraphrasant un slogan de Nike, « s’il faut savoir se préparer à l’échec et être lucide, il faut aussi se préparer à la réussite. Et réussir c’est oser : réussir c’est faire preuve de cette audace que les autres n’ont pas ».

Savoir échouer

« En tant que femmes, nous avons souvent tendance à subir le syndrome de la bonne élève. On veut attendre que tout soit parfait pour se lancer » avance l’une des expertes. A titre d’exemple, selon des chiffres souvent cités (mais pas sourcés), les femmes ne postuleraient à un poste qu’à condition de correspondre à 80% de l’offre… Les hommes proposeraient leur candidature en ne correspondant qu’à 25 à 50% d’une offre d’emploi. « La femme va plutôt examiner ce qu’elle sait faire dans l’offre publiée, alors que l’homme va plutôt envisager son potentiel de développement », expliquent les deux conférencières.

Et attendre que tout soit parfait est une erreur. Reid Hoffman, l’un des fondateurs de LinkedIn, a maintes fois déclamé qu’il fallait savoir échouer pour réussir : « If you’re not embarrassed by the first version of your product, you’ve launched too late » (« Si tu n’as pas honte de la première version de ton projet, c’est que tu l’as lancé trop tard »).

Plus il y a de femmes entrepreneurs… plus il y aura de femmes entrepreneurs

Une drôle d’anecdote a fini d’ancrer le discours de Madame Rémy-Boutang dans le storytelling de qualité de cet événement IGS. Une anecdote, initiée par une de ses connaissances vivant en Finlande, un pays d’Europe qui a eu une femme présidente pendant 12 ans prénommée Tarja Halonen. A cette époque, une institutrice demande à ses écoliers, âgés d’environ 8-9 ans, ce qu’ils veulent faire quand ils seront plus grands. Une petite fille, s’inspirant de Madame Halonen, affirme vouloir devenir présidente. Un joli projet ! La maîtresse continue le tour de classe et demande à un petit garçon s’il veut, lui aussi, devenir président quand il sera adulte. Réponse du garçonnet : « Bah non, président c’est un métier de fille ! ». La preuve que les mentalités sont influencées par notre environnement : un environnement sur lequel nous devons, à notre tour, tous influer.

Femmes et hommes, ensemble pour un monde plus égalitaire

Madame Muffang tient à contextualiser et nuancer son discours manifestement féministe. « Féministe, oui. Mais féministe au sens humaniste. Dans le sens qu’il faut faire progresser les femmes dans la société et dans le monde des affaires, mais avec les hommes. L’évolution des femmes et la prise de pouvoir de celles qui le veulent n’est pas un projet contre les hommes. C’est un projet qui se construit avec eux. »

-Par Ally

 

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