Agression sexuelle et traumatisme : pourquoi on oublie – Parole d’Experte

Agression sexuelle et amnésieReading Time: 3 minutes

Vous vous posez des questions sur votre vie amoureuse ou intime, hésitant parfois à en débriefer même avec vos ami·e·s proches ? Heureusement, « Nos 30 ans (et plus) » est là. Après notre appel à témoins sur Facebook pour recueillir vos interrogations, l’experte Marjorie Cambier, psychologue et sexothérapeute, a accepté de répondre aux questions que l’on se pose à un moment de notre vie et balaiera plusieurs sujets différents. Schémas amoureux toxiques, relations avec les ex, traumatisme post-agression sexuelle, drague, rupture… Notre Experte développera ses réponses sur diverses thématiques.

Au cours de plusieurs épisodes, elle apportera ainsi son regard et son expertise pour nous apporter des éléments de réponse. Cette semaine, Marjorie Cambier s’intéresse au traumatisme généré par une agression sexuelle.

Agression sexuelle, traumatisme et amnésie

Lorsque l’événement traumatique est trop insupportable pour le psychisme, ce dernier met en place des mécanismes de défense afin de protéger l’individu ; on refoule donc, on oublie littéralement ce qui est arrivé, afin de pouvoir continuer à fonctionner.

Nos 30 ans (et plus) : Pourquoi certain·e·s « oublient » un traumatisme d’agression sexuelle alors que d’autres évoluent avec ce souvenir?
Marjorie Cambier : « Parfois, lors d’un événement potentiellement traumatique (pas seulement une agression sexuelle), le psychisme met en place des mécanismes de défense, servant à protéger la personne de la violence du souvenir. C’est ainsi que de nombreux individus ont littéralement oublié qu’il leur était arrivé quelque chose, sans même s’en rendre compte. Ce refoulement du souvenir et cette répression des émotions qui y sont liées leur permettent alors de continuer à fonctionner, à vivre malgré ce qui leur est arrivé.

D’autres personnes par contre se souviennent de tout, et peuvent être longuement hantées par des souvenirs, images intrusives, rêves traumatiques : on appelle cela le syndrome de reviviscence. Ce phénomène d’oubli n’arrive pas chez tout le monde ni à chaque fois, mais il est à comprendre comme un mouvement de protection du psychisme qui ne peut alors gérer ce qui vient de se passer.« 

Comment le souvenir de l’agression sexuelle refait surface

Nos 30 ans (et plus) : Pourquoi oublie-t-on ce type de traumatisme ? Comment se réveille-t-il ? Comment s’explique ce dispositif de protection du cerveau?
Marjorie Cambier : « Lorsque l’événement potentiellement traumatique est trop insupportable pour le psychisme, ce dernier met en place des mécanismes de défense afin de protéger l’individu ; on refoule donc, on oublie littéralement ce qui est arrivé, afin de pouvoir continuer à fonctionner.
Ce mécanisme est bien évidemment totalement inconscient. Le souvenir est alors toujours présent quelque part dans le psychisme, mais plus du tout accessible à la conscience. Il peut ensuite se réactiver lors d’un événement qui rappelle à l’individu ce qui s’est passé, après un événement de vie important, ou parfois sans aucun motif, simplement parce que la personne est « prête » à accueillir et accepter ce qui lui est arrivé. Ce qui ne veut pas dire que cette remémoration est facile, loin de là. C’est même la plupart du temps assez violent.« 

Des émotions telles que la honte, la culpabilité peuvent aussi expliquer ce tabou encore assez présent. On n’en parle pas car on se sent honteuse.

Et au sein du couple?

Nos 30 ans (et plus) : Pourquoi les agressions sexuelles au sein du couple sont-elles davantage passées sous silence dans la société et présentées encore comme un « devoir conjugal » même par des femmes ? 
Marjorie Cambier : « D’une part, les agressions sexuelles au sein du couple et les viols conjugaux sont des concepts ayant vu tardivement le jour. Avant cela, on parlait effectivement de « devoir conjugal » : la femme était tenue de satisfaire son mari (toujours dans ce sens-là d’ailleurs ; on ne parle de sexualité féminine et de plaisir féminin que depuis quelques années seulement !). Et ce, qu’elle ait envie de faire l’amour ou non… Les assauts des maris peu attentifs aux envies de leur femme étaient alors considérés comme des comportements « normaux » : les hommes auraient des besoins sexuels, plus que mesdames (là encore un cliché très faux !), cela était donc normal qu’ils exigent d’être satisfaits. Même sous la contrainte ! L’appétit sexuel masculin étant considéré -à tort- comme plus important que celui des femmes, il fallait bien se forcer un peu, accomplir ce que beaucoup considéraient comme une obligation, un passage obligé.

L’héritage culturel, sociétal des représentations sexuelles permet donc de comprendre pourquoi ces comportements sont passés sous silence, et considérés comme normaux par l’inconscient collectif.

D’autre part, des mécanismes de défense comme le déni (« Non, c’est mon mari, il ne peut pas m’avoir violée, tout de même ») ou encore la banalisation (« Je n’avais pas envie mais je me suis forcée/il m’a forcée la main, mais c’est mon mari, c’est pas vraiment du viol »  etc.), peuvent également être à l’œuvre. Enfin, des émotions telles que la honte, la culpabilité peuvent aussi expliquer ce tabou encore assez présent. On n’en parle pas car on se sent honteuse.« 

 

Prochainement : Agressions sexuelles… Et après ? 

Présentation de Marjorie Cambier

 

Retrouvez Marjorie Cambier sur le Web :
www.sexopsy-cambier.com
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